Effeuille mes rêves

Pleurs [EDIT]

Je suis encore passée à côté du point de non-retour tout à l’heure.

J’ai eu une embrouille avec ma grand-mère en début d’après midi. Avec le recul, je commence à comprendre que c’est de ma faute.
J’vais effacer les détails que j’avais donné tout à l’heure parce que je parlais sous le coup de l’émotion, mais voilà en gros j’y suis allé trop fort dans mes propos. Et surtout j’ai été injuste.

Je ne voulais pas lui faire de la peine, à la base… J’ai juste eu une impulsion… J’en avais marre d’encaisser encore et encore tous les p’tits reproches explicites ou implicites que font les gens (je n’ai pas raconté mais vendredi dernier on m’a aussi fait un coup vraiment pas sympa qui m’a beaucoup bouleversée). Et là j’ai vu un reproche trop dur à encaisser pour moi. J’ai vu quelque chose qui m’a blessé là où il n’avait rien, mais en ce moment je suis parfois incapable de faire la différence entre ce qu’il y a dans ma tête et la réalité. Depuis j’ai capté que c’était une erreur de moi.

Donc voilà, j’ai voulu lui faire part de quelque chose que j’avais sur le cœur mais j’ai senti à un moment que mes paroles, ça passait juste pas. J’étais devenue agressive sans m’en rendre compte - et sans le vouloir.
Et ensuite, je me suis sentie minable. Parce que j’ai fait ce que Sonny m’a fait, et ce que les gens contre qui j’étais énervée en voulant m’expliquer me font aussi.

Enfin bref, j’ai eu l’impression d’être un monstre sur le coup.

Je me suis dit que c’était pas cool ce que je faisais, j’avais toujours tout encaissé jusqu’à maintenant pour éviter de faire de la peine aux autres, et voilà que la première personne à qui j’essaie de montrer ce que j’ai au fond du cœur je la fais pleurer. Donc ce qu’il y a dans mon cœur est mauvais.

Je me suis mise à pleurer. C’est pour ça qu’elle aussi a pleuré, c’était parce qu’elle m’entendait exploser en sanglots. Je me sentais si mal. Je voulais m’arracher la langue pour ne plus faire de peine à personne. Je lui ai expliqué que j’avais fait une rechute et j’ai pleuré encore plus fort parce que c’était la première fois que je l’avouais à haute voix. Je crois. Première fois que ça me frappait en tout cas : je n’arrête pas de rassurer tout le monde en disant que ça n’est jamais aussi pire que ce que j’ai vécu il y a deux ans, mais ce n’est pas vrai.

C’est pareil.

Et c’est effrayant. Surtout en sachant que la dernière fois, j’ai dû quitter l’école et redoubler mon année pour m’en sortir. Cette fois, je ne peux pas faire la même chose : si je pars c’est pour toujours.

Et donc en m’entendant pleurer elle a pleuré aussi. Je me suis répandue en excuses mais ça ne changera rien. J’ai fait pleurer ma propre grand-mère…

Elle était en voiture avec une copine. Je me suis dit que quelqu’un allait être là pour elle au moins, quelqu’un allait pouvoir lui expliquer que je suis une aberration de la nature et que ce n’est pas de sa faute.

Je me sentais si mal. Y’aurait pas eu mon frère je me serais déchiqueté le ventre. J’ai même été tentée de sauter par la fenêtre, puisque je suis de retour chez ma mère et qu’on est au troisième étage. Les pulsions suicidaires sont revenues en masse et tellement tellement plus fortes qu’avant.

Heureusement, comme je le disais, y’avait mon frère. Mon frère m’a prise en charge. Il le fait quand il sent vraiment que les choses sont graves, je n’ai pas besoin de lui parler de mes pulsions de mort heureusement.
On est sortis et il a su me faire rire. Vraiment rire. Pas le rire que j’ai à l’école, mon vrai rire. Plusieurs fou-rires mêmes.

C’est dingue, ça. C’est mon p’tit frère mais c’est lui qui s’occupe de moi dans ces moments-là. Dans ces moments-là, je pense comme une enfant de 5 ans. Je suis malléable comme une enfant de 5 ans, c’est véridique, et c’est assez perturbant d’ailleurs.

Donc ça s’est passé comme ça : y’a eu l'"embrouille" au téléphone (enfin le moment gênant où je partais en sucette), puis je lui ai expliqué pourquoi je disais tout ça, je me suis excusée, et ensuite je suis sortie avec mon frère. Ensuite je suis rentrée et j’ai écrit le premier jet de ce message. Et après je suis sortie avec Vanina, Paula, et deux autres copines du lycée, à la fête foraine.

Maintenant, ça va mieux. En rentrant de la fête, je suis passée voir mes grands-parents pour m’excuser encore et être sûre qu’ils savaient que je les aime et que parfois j’ai des réactions bizarres qui me font autant de mal qu’aux autres. Je culpabilise moins. Mais encore un peu.

Bon, voilà, j’ai complètement réécrit cette entrée du coup. Voici ce que j’avais initialement confié avant de partir voir les filles. Je ne veux pas l’effacer parce que… ce que j’ai ressenti alors était puissant. Un désespoir corrosif et puissant :

--> J’espère que je ne vais pas pleurer devant elles (je parlais des filles), je me sens encore tellement fragile…

Je me sens tellement malade aussi. Je ne dis pas ça pour me complaindre dans mon truc, c’est juste que beaucoup de gens ne comprennent pas que ce que j’ai c’est une maladie, c’est-à-dire qu’il y a un problème physiologique et réel au niveau de mon cerveau, avec les neurotransmetteurs...
Je ne peux pas combattre ça juste avec un peu d’air frais et une boîte de phrases positives (comme celle que Sonny m’a envoyée il y a un moment maintenant).
Bien sûr, tout ça ça aide, hein ! Je ne renie pas l’aide. Mais ça ne traite pas, c’est ce que je veux dire.

J’me sens malade dans le sens où je suis tellement cassée que je ne sais pas comment je vais pouvoir être réparée. Je n’ai pas envie d’attendre 2, 5, 10 ans de plus avant d’aller mieux… Je suis dans cet état depuis mes 12 ans. Depuis mes 12 ans je survis en me disant "un jour, ça ira mieux, un jour tu riras de tout ça", mais ce jour ne vient pas… J’espère que l’on peut simplement comprendre mon désespoir. Comprendre que ce n’est pas de la mauvaise foi ou de la mauvaise volonté.
J’me sens malade et je me dis que la vie restera bloquée tant que je le resterai. Je ne sais pas quoi faire pour guérir. Vraiment pas… J’me sens détruite et rien ni personne ne pourra me donner le déclic nécessaire à ma salvation. Pendant encore 2, 5, 10 ans ? Pour toujours ?

Bon allez, je sèche mes larmes et je sors. Je resterai sûrement pas très longtemps mais au moins j’aurai fait l’effort.