Effeuille mes rêves

Poudlard

Je ne l’ai encore jamais écrit mais…

Je ne sais plus qui je suis.

Je suis malade depuis si longtemps (MALADE, OUI DÉSOLÉE MAIS CE GENRE DE CHOSES EXISTE) que je ne suis plus sûre de ce qui est moi, et de ce qui est "ça".

J’ai été malade toute ma jeunesse. Mais je ne le sentais pas. Je ne le voyais pas. Ce qu’on ne voit pas existe cependant malgré tout, et ce qu’on nie fini par nous détruire. Parce que nous ne sommes pas faits pour travestir, transformer, la réalité.

Alors je ne l’ai pas vue faire tous ces dégâts. Détruire ma personnalité, peu à peu. Et enfler enfler enfler à ce point, pour atteindre des sommets inimaginables quand on est sain, et être désormais si ancré en moi que le moindre détail de la vie - plus celle que j’ai perdu mais qui étais à moi - est impacté de manière… oppressive.

Je ne peux pas rire, parler, penser sans que la dépression soit là. Et je ne suis pas une débutante. Onze p.tain d’années. Une adolescence zappée. Je ne connais pas le monde dans lequel on m’a lâchée.

Plusieurs thérapeutes - plusieurs thérapeutes compétents, je me dois de préciser - m’ont dit qu’il était difficile de rencontrer quelqu’un dans mon état.
Parce que oui, c’est de ça dont il s’agit. Je me moque de la Saint-Valentin dans le sens où je serai avant elle comme je serai après et je suis toute l’année, tant mieux pour ceux qu’elle rend heureux mais elle est hors de propos ici.

Mais je n’ai pas le droit à ce que tout le monde peut avoir. Même si ce n’est pas quelque chose qu’on trouve sur son chemin facilement, mon chemin à moi est surbourré de ronces noires suppurantes de poison et de dégoût qui chassent tout ce qui pourrait l’amener dans ma vie aujourd’hui.

"Je ne vais pas vous mentir : pour l’instant, dans votre état, ça va être compliqué de rencontrer quelqu’un".

Pour l’instant. Dans mon état. Un instant qui dure depuis onze ans et n’est pas prêt de se terminer, et un état qui n’est plus seulement que ça vu que j’ai perdu de vue qui je suis, qui je veux être, ce que je peux faire. J’ai tout perdu. Comme une claque si forte pas au point d’avoir mal, mais jusqu’à ne plus savoir comment on s’appelle. Pour toujours.

Bien sûr que les miracles existent, bien sûr que certaines personnes sont l’exception à la règle.

Mais je ne suis pas l’une d’entre elles. J’ai attendu quelques temps - quelques années - pour me donner une chance, mais aujourd’hui j’ai juste envie de hurler. Hurler à me déchirer les cordes vocales. Hurler pour qu’on voit la partie de moi qui est morte et ne reviendra pas à cause de tout ça.

Je ne vais pas lire des mots de réconfort, je ne vais pas regarder le temps dans les yeux une fois de plus et lui dire quoi que ce soit.

Je ne vais pas espérer. Je ne vais pas désespérer. C’est ça qui est terrible : entre les deux, il n’y a pas soit une palette de nuances ou bien le rien, il y a l’autre chose. L’autre dimension, une des maladies qu’on ne peut pas décrire avec des mots mais seulement avec des tripes. Des tripes nécrosées. Mais quand on vous ausculte, on vous dit que vous en avez, des tripes, donc que vous êtes comme tout le monde et que vous allez bien.

Et on se peut pas disséquer un esprit ou une personnalité. Quand bien même, je ne serais plus de ce monde alors ça ne servirait à rien que ça se sache dans ces conditions - métaphoriquement pourries de toute manière.

Je n’ai rien contre les hommes. Je ne les blâme pas. Je suis féministe, c’est-à-dire que les hommes et les femmes sont égaux à mes yeux, point. Donc je parle "des hommes" mais c’est parce que je suis hétéro ; je n’accuse pas.

Aucun homme ne comprendra ce que j’ai. Ne comprendra VRAIMENT ce que j’ai, je veux dire. Être au courant est une chose. Faire des efforts, écouter, réconforter aussi. Mais intégrer ça à sa vie, de son plein gré… Sans comprendre vraiment dans ses tripes par empathie… Non. Un humain ne peut pas. Je les vois les gens autour de moi, je les étudie. Ils n’ont pas envie de se prendre la tête, surtout au début d’une relation. Encore quand tu connais et aimes la personne depuis un moment… Oui, bien sûr. Parce que c’est ça l’amour. Quand c’est une maladie physique que tu peux voir, devant laquelle tu fais une moue de compassion quand tu lis les résultats des analyses, oui. Parce que le malade n’est pas un coupable.

Mais je n’ai personne qui verra à travers le voile, à travers mes larmes, à travers les grimaces absolument hideuses que je fais parfois quand je ne contrôle pas ma douleur. Oui, parce que des fois c’est fort à ce point. Au point que je pleure, mais aussi au point que je ne puisse plus pleurer. Au point qu’il n’y a pas de mots pour décrire ce que c’est vraiment.
En général pendant ces grimaces, je suis seule. C’est bien pratique. Mais je suis fatiguée d’être seule ; tellement, tellement TELLEMENT fatiguée !

J’aurai encore longtemps cette chape sur mes épaules. Et elle se verra, parce que je ne peux côtoyer personne personnellement, au minimum amicalement, sans que ça se sache. Je ne peux pas. Si je pouvais, il n’y aurait pas de problème, si je pouvais nier et contrôler sans répercussion, ça ne porterait pas le nom de maladie.

Je ne dis pas que pour les personnes ayant une maladie physique c’est plus facile, pas du tout. Que ça soit clair. Même pas ça me viendrait à l’idée de penser comparer. Aucun ne souffre plus que l’autre. Que ça soit clair.

Je veux juste écrire parce que ma vision se brouille. Je ne sais plus ce qui est normal, ce qui est moi, ce qui est autre, pourquoi, vraiment, ah oui, ah bon…

Les examens oraux me prennent à la gorge. Comme un couteau. Je ne peux pas "juste" prévenir le jury, je n’ai à apitoyer personne.
Mais évidemment que ça joue sur ma façon de travailler, ma capacité d’apprendre, de réviser, de me lever le matin, de vivre tout simplement, alors évidemment que OUI ça joue sur ma note. Depuis toujours. Mais je ne peux rien dire.

Et puis avec le bazar qu’il y a à l’école, même si je décidais de prévenir tous les profs et que j’y arrivais les choses font que je me retrouverais devant un jury qui ne saurait pas. Et qui n’a pas à savoir, de toute façon. Bon, mon école m’aide pas du tout, ça c’est sûr… C’est pas une école normale. Mais pas dans le sens "c’est Poudlard", ça non.

Poudlard, sérieux. J’ai eu une période où j’ai été excessivement fan-girl, mais alors le nom - même si je connais l’origine de sa traduction - je ne l’ai jamais compris.