Effeuille mes rêves

Priorité

Je ne sais pas si les études m’ont remodelée ou m’ont aidée à exprimer quelque chose que je refoulais.

Probablement les deux.

Cette tendance nouvelle à faire des planigrammes. Par exemple. Ils sont plus ou moins pointus, mais la pratique, elle, va loin. J’en fais pour tout et n’importe quoi :

Organigramme de réactions quand quelqu’un m’aborde dans la rue,
Planning des états d’esprit sur lesquels je dois me concentrer pour venir à bout de ces 51* jours ,
Organigramme de ma méthode pour choisir plus rapidement un livre à lire quand j’en termine un,
Listes de ce dont je veux bien discuter à cœur ouvert parce que cela me correspond réellement (opinions, idées, etc) et à l’inverse listes de quand je dois me taire pour ne pas parler pour ne rien dire,
Camemberts représentant les-dits degrés… (oui, jusque là...)
Schémas récapitulatifs de ce que je dois faire quand je stress et/ou panique et/ou ai une crise d’angoisse et/ou suis trop confuse pour réfléchir,
Liste des scénarios auxquels je dois me référer quand je rêvasse (non exhaustive : le but est d’arrêter de rêvasser sur des histoires me mettant en scène qui entretiennent inconsciemment mes peurs ; toutes celles où je suis bloquée à l’école, par exemple, je peux commencer à m’en débarrasser),
Camembert de la façon la plus équilibrée et satisfaisante de répartir mon temps,

Et il y en a bien d’autres.

Et pendant que j’écris cela, je pense à une façon de classifier encore ces différentes actions pour les présenter de manière encore plus structurée dans mon journal.

D’où vient cette soif de donner une forme (ou plusieurs) aux choses ? Voire même un sens (ou plusieurs) ?

Est-ce qui j’ai été tout ce temps ? Je n’en ai pas l’impression. J’étais perdue auparavant. Vraiment perdue. Paradoxalement, alors que je réfléchissais sans arrêt, je m’interdisais de définir quoi que ce soit, et la réalité encore moins que toute autre chose. J’étais persuadée que c’était ainsi qu’on profitait vraiment de la vie : après tout, on ne juge pas le moine à son habit, donc théoriquement tout et tout le monde peut être n’importe quoi et n’importe qui.

C’est toujours vrai. Mais ma manière d’interpréter ne l’est plus. Regarder un paysage dans son ensemble est bien sûr merveilleux. Mais la beauté se cache également dans les détails. Fixer son attention, du moment qu’on arrive à le faire avec souplesse, n’est pas une mauvaise chose.
La précision elle aussi recèle sa part de beauté.

C’est peut-être idiot, tout ça, je suis peut-être encore en train d’emprunter le mauvais chemin.

Mais j’ai regardé en face qui j’étais. Je réfléchis tout le temps et pas forcément clairement, bien. Alors je vais me donner des points de repère pour pouvoir continuer à le faire (puisque c’est ce que je suis) sans trop m’égarer. J’ai posé mon attention sur celle que je suis. J’ai longtemps essayé d’être neutre. Mais chacun de nos choix nous pousse dans une direction, fatalement. C’est ce que je voulais aussi dire dans mon dernier écrit : un bonhomme qui aurait passé son enfance à jouer dans des cours d’eau avec courant passera pour un héros quand, adulte, il n’hésitera pas à plonger dans une rivière dangereuse pour sauver un enfant qui se noie. Et héros il sera effectivement ! Mais celui qui - tout en sachant nager - n’a pas énormément d’expérience ? Qui se retrouve dans la même situation ? Il va aussi le faire, mais il devra affronter la peur, le doute, la culpabilité même, en permanence. En plus de l’action elle-même.

On utilise tout de même le terme héros. Le MÊME terme de héros. Et encore : uniquement si dans ces deux cas quelqu’un est là ET ce quelqu’un a été façonné par son histoire pour admirer un tel geste ET qu’il est d’humeur à le verbaliser ET etc etc.

Franchement. C’est pas une galère sans nom d’être un être humain ? !

Bon, allez, j’ai des exams à réviser. Moins pires que l’année dernière à la même époque, soit dit en passant. J’ai l’Exam' Diplômant dans quelques jours, mais s’il me donne une responsabilité affolante il est dans la pratique moins difficile que ce que je me suis braqué l’an passé.

Tout de même. Petits nœuds dans le ventre. Où est ma fiche récapitulative de comment se reconcentrer sur la tâche prioritaire qu’on a à accomplir ?

    *La date a changé…