Effeuille mes rêves

Procrastination à accepter

Procrastination.

Je n’ai pas besoin d’en écrire plus. Le fléau mot parle de lui-même. Pour lui-même. De moi-même. Je suis immensément douée pour ne pas m’ennuyer, mais aussi pour perdre bêtement du temps.

Je reprends les cours dans H - 14. Et oui : je commence à stresser.

Le naturel revient au galop comme dirait Monsdame (j’allais écrire "comme dirait l’autre" mais j’ai eu peur que ça ne soit pas assez respectueux, alors je suis partie sur "monsieur" mais en quel honneur je ne mettrais pas "madame" aussi ?!) (solution : mot-valise).

Je perds mes mots. Aujourd’hui. Je n’arrive pas à… trouver les mots. C’est idiot mais ça m’embête. Le stress commence à monter. Je vois tous ces "ptits jeunes" qui viennent d’emménager dans ma résidence étudiante… Qui sortent du bac. Qui démarrent leurs études supérieures. Je termine les miennes. Je les TERMINE, je veux dire ! Je vais comprendre ce que c’est que chercher du travail. Baliser parce qu’on en trouve pas. Ou en trouver mais rencontrer un collègue ou un patron débile qu’on ne peut pas éviter. Je vais comprendre tout ça. Ce que j’imagine mais ne ressens pas jusqu’à présent.

Et puis chaque année, de nouveaux bacheliers seront diplômés. Chaque année des gens tombent en dépression. Et moi je suis là, quasi diplômée, potentiellement sortie de ce long tunnel noir…

Mais incapable de changer quoi que ce soit autour de moi.

Incapable de leur dire le fameux et légendaire déclic.

Vouloir aider, c’est bien beau Aloha. Mais aider réellement c’est quelque chose qui te dépasse.

Et tu oses avoir la prétention de... ? De je ne sais pas. C’est vrai que je ne me fais pas confiance. J’apprends à vivre avec moi-même. Mais mes capacités... ? Quelles sont-elles ?

Avec les cours revient l’ambiance morose qui m’entoure. Mais je suis soulagée de pouvoir m’isoler, chez moi, midi et soir. C’est vital et je pense à ceux et celles qui n’ont pas ce luxe. Et ça m’attriste.

Et je redécouvre mes limites. Je les avais perdues de vue pendant la maladie. Je me voyais comme une moins-que-rien. Aujourd’hui, je ne me vois toujours pas comme quelqu’un de bien (dans le sens : une fille accomplie, qui vaut quelque chose) mais c’est différent. Je lâche prise sporadiquement. Donc je me relève ; avec plus ou moins d’entrain.

Mais j’évite toujours de regarder les gens dans les yeux. La rentrée arrive et je sais que je vais éviter tout le monde. J’ai pas confiance. En moi. En fait, toute l’assurance que j’ai récolté pendant l’été est en train de fuir. Là. Maintenant. Je ne me vois pas tenir tête aux gens négatifs. Rester positive quand personne ne l’est (et quand pendant longtemps j’ai comme eux eu peur de voir le meilleur au lieu du moins pire). M’éloigner quand je ne supporte pas quelque chose (et bon sang qu’il y a plein de choses que je ne supporte pas… les blagues pipi/caca/cucul, par exemple ; je cite ça en pensant à quelqu’un que je n’ai pas hâte de retrouver demain).

En fait, ça ressemble à une nouvelle vie. Mais le trou en moi est toujours présent.

Je ne vais pas le laisser prendre toute la place. Je vais continuer à utiliser les mécanismes mentaux dont je me suis servie ces derniers jours.

J’ai un message pour Future-Moi : je pense fort à toi. J’imagine que tu as réussi à retrouver la confiance en toi qu’il te manquait mais que si tu relis ces mots, c’est peut-être que tu l’as perdue et que tu cherches à la retrouver.
C’est quelque chose de chronique chez toi, le manque de confiance. C’est un peu installé dans ta personnalité je dirais (bien qu’il ne faille pas te laisser abattre par cette suggestion : ce n’est pas une fatalité).

J’ai encore mes rêves. J’y crois. Je m’y accroche.

Je doute. Mais qu’est-ce qui a changé depuis ce matin ? ! Comment est-ce que j’ai fait pour perdre les mots puis la confiance ? En moi. Puis en ce journal. J’en viens à avoir peur de mes doigts qui livrent des secrets, des ressentis, normalement trop personnels pour Internet. C’est bien pour ça que je rejette Facebook et les réseaux sociaux comme la peste, d’ailleurs. Mais je donne tout ici. Pourquoi ? Pour qui ? Moi, vraiment ?

J’ai chanté sous la douche. Je le dis parce que je n’y arrivais pas l’année dernière. Toujours cette impression d’être jugée et pointée du doigt par tous ceux et celles qui se sont un jour ou l’autre moqué de moi (pour X ou Y raison).
J’ai chanté et - même si je me doute bien que ça n’était pas juste - j’ai adoré. Je n’ai pas eu cette honte dévorante qui me donne la sensation que mon cœur est arraché de ma poitrine et piqueté de milliers d’aiguilles avant d’être broyé. Encore. Et encore. Qu’il y a toujours de la matière à broyer mais pas de fin à la douleur immense.

Bon. Stop. Du calme. Je vais voir Mirys sur Skype et on va regarder un épisode de série ensemble. Peut-être. Et après j’irai lire, oui, c’est exactement de ça dont j’ai besoin : LIRE.

Et demain… ben demain on verra. Demain matin je chanterai sous la douche. C’est bien ça, déjà. Je prendrai un bon petit déj' et je finirai tard mais après-demain j’aurai un peu de temps pour moi.

C’est la dernière année. Dernière année avant quoi ? Je ne sais pas. Je ne peux pas le savoir. Faut l’accepter.