Effeuille mes rêves

Quand la vie te donne des citrons, fais de la limonade

Quand je pense à mon journal, je fais le point. Avant chaque écrit, je ne peux m’empêcher de réfléchir à tout ce que j’ai déjà écrit ici - vite fait - et à me demander ce que tout ceci révèle réellement sur moi.

J’écris souvent pour me défouler de choses, démoniaques, qui me pourrissent la vie ; qui me poursuivent quoi que je fasse et où que j’aille.
Mon journal est comme le témoignage d’une bataille tourbillonnante où la narratrice est aux prises avec un monstre style Cthulhu : les deux sont colossaux et intenses, chacun à sa façon et selon leur nature - l’un dans le paradoxe l’autre dans l’horreur -, et imprègnent les rétines spectatrices qui ne distinguent de cette masse en lutte que des nuances de gris. L’essaim tombe d’une falaise et tout devient de plus en plus confus tandis qu’il n’y a qu’à attendre la chute finale pour voir qui sortira de la mer en furie, vainqueur.

Chaque matin, lorsque je me réveille, je sais que tout est à reprendre à zéro.
Peu importe que j’ai passé la veille la meilleure journée de ma vie ou la pire : chaque matin, je sens Cthulhu, tapi dans un coin de mes pensées, qui attend la moindre faille pour lancer l’assaut et me tomber dessus, rogner mes épaules, toute la journée. Il m’observe de ses yeux rouges sans pupilles, affamé de choses que je ne peux même pas imaginer.

C’est épuisant de lutter. Même quand je suis en forme - ce qui (je pense que se comprend en me lisant) est rarement le cas en ce moment.

Je relis mon journal et je me rappelle tout ce que je ne dis pas. Tous les autres combats que je mène mais que par souci d’anonymat je tais.
Mon école par exemple… J’ai réalisé il y a quelques jours à peine que ce qu’on y vit est effroyable, en fait. La barre était déjà placée très très haute vis-à-vis de la force mentale qu’il fallait avoir pour tenir (et ce sans compter mes propres faiblesses qui - au vu de la filière que j’ai choisi - multiplient le tout par cent, au moins : je me suis simplement tournée vers l’une des PIRES choses que je pouvais affronter au quotidien !).
Ça où il se passe des choses inimaginables, mais aussi tout le reste. Tout est une bataille. Et je dois la recommencer, la mener de A à Z chaque jour qui passe.

Et le sillon qu’elle laisse est de plus en plus stigmatisant. Je ne sais pas où j’en suis avec moi-même. Chaque matin je me regarde dans le miroir et me rappelle qu’il faut sauver le minimum vital. Je me souris dans la glace, avec peur, mais en fixant le plus vivement possible mes propres yeux, afin d’y faire naître la lueur qui me prouve que je suis encore , en vie, que j’ai du pouvoir. Que j’ai de la joie en moi. Même les jours où je perds la bataille et où je ne la vois plus.

Que la joie soit plus forte que Cthulhu.

Voilà, je voulais juste écrire ça avant d’aller en cours, pour dire que même si c’est dur même si mes écrits sont souvent sombres, derrière il y a toujours quelque chose de bon. Qui ne meurt pas. Qui ne suffit pas à me sauver, mais qui m’offre une bouée transitoire.
La pureté - le contact-étincelle âme/yeux - a beau être transitoire, peut-être qu’un jour il me raccrochera à quelque chose qui me sortira vraiment de l’eau déchaînée. Jusqu’à cet instant, je ne peux que serrer encore plus fort le flotteur, poser ma tête à sa surface sale et fermer les yeux pour rêver un peu.