Effeuille mes rêves

Que fait un immortel pour tuer le temps ?

Il y a quand même une question qui me perturbe.

Enfin… Plus que les autres.

Toutes ces questions qui vont et viennent dans ma tête, font des nids, vivent leur vie. Sans payer le loyer.

Mais j’ai besoin de retour. Des fois, je me dis que j’ai des pensées complètement idiotes. Que si je suis la seule dans mon entourage à me les poser, c’est qu’il doit y avoir une bonne raison. Une raison explicite. Qui ne s’accorde pas avec la notion de santé.

Donc je vais tout poser ici, et éventuellement en discuter avec ma psy la prochaine fois. Parce que les amis… euh, non. Ce n’est pas la peine.

Dans la vie, quand on a besoin d’être en couple pour être heureux, c’est qu’on a "un problème". (Façon de parler hein). C’est-à-dire que l’amour est quelque chose de génial, magique, merveilleux et tout ce qu’on veut mais il faut d’abord s’aimer soi blablabla ennui je n’invente rien tout le monde le sait.

Là où je veux vraiment en venir. C’est que quand je me dis : je suis célibataire ; ça signifie donc : c’est l’occasion de me construire - en plus je suis jeune donc plus de choses sont possibles, ou plus faciles disons : on se construit sur différents pôles dans sa vie : et c’est l’ensemble de ces choses qui nous font vibrer, et qu’on fait pour cette raison, qui nous rend vivant.

Mais.

J’adore ma vie, je tiens à le signaler. Elle me correspond parfaitement. Mon métier est en plus un univers à part à lui seul et rien que pour ça il est impossible que je m’y ennuie.

Mais…

Roh qu’est-ce que tu veux, Petite-Voix-Derrière-La-Tête ?

Je pense souvent aux vampires. Ah ? L’idée du vampire me met mal à l’aise. Euh d’accord ? N’y pense plus ? Et arrête de te foutre de ma gueule. C’était l’angoisse intellectuelle perpétuelle quand c’était la mode. Et de ce temps (temps qui engendra moult comportements sociaux/psychos intrigants) pas si éloigné que ça naquit : une Question.

Les filles (ou les hommes) qui rêvaient de devenir des vampires… Mais pourquoi ???!! !

Tu ne te rends pas compte ? ! T’ES IMMORTELLE ! Tu peux pas mourir ! Ta vie ne va JAMAIS s’arrêter !

Qu’est-ce que tu vas faire dans mille ans, sérieux ?

Ok, les technologies avancent. Mais les mentalités… C’est toujours pareil, on ne va pas se mentir. Les qualités et les défauts humains c’est toujours pareil, c’est simplement le mélange qui fait qu’on est unique.

Mais on a beau être unique : si on faisait la liste de touuuutes les qualités et de touuuus les défauts… ce serait une liste finie !

C’est-à-dire qu’il y a un nombre de combinaisons hallucinant qui en découle. Mais c’est un chiffre qui existe. Même si on ne peut pas le calculer.
Et même si l’on ne rencontre pas tous ces cas, une fois qu’on a rencontré quelqu’un de vraiment gentil… ben on sait ce qu’est la gentilesse. On rencontre plusieurs personnes gentilles. Toutes à leur manière parce qu’elles ont une histoire différente. Mais quand on est gentil on est gentil, voilà !

Tiens, parlons de ça aussi : les histoires.

Les évènements d’une vie. Y’en a des géniaux, des moins bons, des sympas, des atroces, des qui arrivent très très rarement et d’autres quasiment à tous les coups...
Mais là aussi, il y a un nombre fini. Alors cette fois il est encore plus impossible de rencontrer toutes les combinaisons existantes (déjà les qualités et défauts je ne me faisais pas d’illusions) mais on retrouve forcément dans chaque histoire de vie des points communs.

Communs à toute l’espèce, communs à la majorité, et communs entre certains individus.

"Ça s’est passé comment, ta naissance, à toi ?
- Oh j’sais pas, j’m’en souviens plus.
- Moi non plus ! Dingue !".

Y’a PERSONNE qui a une idée de génie ou un trait d’humour absolument hilarant minimum par jour. La créativité est une merveille. Mais elle aussi a ses limites. Je crois ? Par l’individu du moins. Même si j’ai conscience qu’on en verra jamais jamais le bout (heureusement !).
Ce sont toujours les mêmes blagues qui tournent. Il en existe de différentes catégories certes. Mais on peut faire des catégories, si on y travaille à fond. Humour noir, humour pipi-caca-cucul, etc etc. Untel peut faire un trait d’esprit absolument incroyable et percutant, ailleurs dans le monde quelqu’un d’autre est capable de le faire aussi. Et le fait probablement. Y’a même une liste des procédés comiques qui existe, je crois.

Les mêmes histoires. Toujours les mêmes préoccupations et les mêmes schémas de pensée.

Alors, les vampires, au bout d’un moment… D’un très très très très très très très très long moment… Ils doivent s’ennuyer, non ?

Bon là, ok, je me prends la tête avec un délire fantastique qui n’a pas lieu d’être parce qu’aucun humain n’est concerné par ce problème.
Et là encore j’imagine les gens du futur ricaner : "On est tous devenus des roboooooooooots, pas des vampires, pauvre sotte !".

Aucun humain à ce jour n’a de telles préoccupations.

Mais prenons un exemple plausible.

Quelqu’un qui a envie de recommencer sa vie à zéro. Bon. De tout changer. C’est une personne, un homme, que nous appellerons Articulé.
Articulé a envie de changer de vie. Alors, lui qui habite Strasbourg et qui est plutôt bon en espagnol, décide de s’installer… à Londres (HAHAAAA piège ! Mais sérieusement : il est très bon en anglais).

Il quitte donc famille, amis, travail, zone de confort, "univers" culturel connu, compagne (disons pour éviter les drames qu’il était déjà célibataire) et… bah voilà. Il arrive à Londres.

Trouve un logement. Un travail. Se fait de nouveaux amis. Reste en contact avec sa famille.

Mais manger une pizza à Londres, c’est la même chose que manger une pizza à Strasbourg au fond ? Non ?

On peut changer huit mille fois de "vie"... On doit toujours boire pour s’hydrater, manger pour se nourrir, travailler pour gagner de l’argent.

On peut certes discuter de choses diverses et variées. Le grand truc des Rencontres De La Vie. Mais au fond… Enfin, s’il existait vraiment des gens qui avaient des idées totalement inédites. Qui chambouleraient régulièrement l’espèce humaine par leur profondeur et leur surnaturelle intelligence… ça se saurait quand même !

S’il y avait des secrets sur la vie. Au moins quelqu’un les aurait balancés, depuis le temps. Donc c’est que dans le fond : ce sont toujours les mêmes idées qui tournent.

Des points de vue totalement divergents, certes. Ça peut partir très loin.

Parfois ces idées sont rares. Parfois superbement mises en valeur ou étudiées sous un angle original. Mais tout le monde peut avoir une idée. Tout le monde peut avoir toutes les idées qui existent, théoriquement.

Alors c’est vrai qu’il y a autre chose à faire dans la vie.

Apprendre.

Apprendre de la vie, c’est vraiment extraordinaire ! Quand on apprend quelque chose de neuf, y’a comme une petite ampoule qui s’éclaire. Ça soulage. On se sent bien.

Mais les sujets sur la Terre sont limités, donc forcément la connaissance aussi. Si Articulé devient un robot immortel et finit par savoir tout le savoir humain animal et végétal de l’univers, qu’est-ce qu’il va bien pouvoir faire avec ça ?

Se lever ? Boire, manger ? Se doucher ?

Et après ?

Je ne supporte pas cette notion d’immortalité. Je ne sais pas pourquoi je la rejette. Oui d’accord : parce que ça n’existe pas.

MAIS CET ÉCRIT - même si ça ne se voit pas - A UN FIL CONDUCTEUR.

Tout ça pour dire : qu’est-ce que je suis censée faire de ma vie ?

J’aime le métier que j’ai choisi. J’aime mes livres. J’aime mon niveau de vie sociale (extrêmement bas, mais c’est pour cela que je l’aime, sincèrement). J’aime apprendre. Et j’apprends plein de trucs !

Mais y’a pas de… de synopsis. Y’a pas de but après lequel je pourrais voir tout sous un angle nouveau. Y’a pas ! Alors qu’est-ce qu’on fait Articulé et moi ? On pourrait se rejoindre à Londres. Discuter. Refaire le monde. Mais à quoi bon ? Il faudra toujours se lever le matin. Travailler et prendre des vacances - quand on peut, quand on en a l’occasion.

Et un jour : on meurt. Mais pourquoi ? À quoi ça a servi de faire tout ça ? L’humanité s’auto-renouvelle et puis… bah c’est tout.

Un truc important que ma psychiatre m’a dit… C’est que je suis mégalo et parano. Ouaip. Oh, je n’en suis pas fière. Je me suis faite toute petite quand elle m’a dit ça. Mais grâce à elle, j’ai appris que cette tendance à s’extraire de soi-même pour se regarder de l’extérieur, se juger comme les autres nous jugent pour pouvoir s’auto-corriger… Ce n’est pas pathologique, mais ce n’est pas sain. On ne se rend pas service.

Et puis j’aime la vie !

Je me pose ééééénormément de questions, mais je jure que j’aime ma vie. Et la vie. Cette question-là est toutefois perturbante. Surtout que je n’arrive à expliquer ma problématique à personne dans mon entourage.

J’aimerais tellement - mais TELLEMENT - avoir quelqu’un de proche IRL pour expulser tout ça.