Effeuille mes rêves

Quelqu'un a le numéro personnel de l'optimisme ?

J’ai vraiment un problème de colère.

Je suis perdue. Je ne comprends pas quoi faire de cette rage en moi. Je l’ai déjà repérée à plusieurs reprises. Je l’avais signifié ici-même. J’avais travaillé avec. Mais là, une nouvelle étape a été franchie. Un véritable choc qui m’a assommée et quand je tente de m’éloigner me retient de ses crocs acérés. L’imprévu, la planche à pourrissement spontané, par excellence.

Une petite poussière qui peut détériorer tout l’engrenage.

Mon avenir dépend de comment je vais réagir. Sauf que je n’ai aucune info sur ce que je censée faire. Aucune. Je suis sur une autre planète, exposée à tout ce qui coupe et détruit.

Mes sentiments jaillissent en une tornade apocalyptique ; je ne contrôle plus rien. Jusqu’ici, j’ai eu à traiter avec la dépression, la tristesse, puis l’angoisse. À l’extrême. Elles ont failli me faire perdre pied mais je parvenais à les identifier. Je comprenais au moins partiellement la raison d’être de ces états.
Aujourd’hui c’est la colère qui me submerge. À un point effrayant : elle prend possession de moi tout comme si je revêtais soudainement une nouvelle personnalité. Je n’ai jamais été du genre irritable, pourtant ; à moins que je n’aie jamais fait que refouler tout ce temps durant. Ce qui est possible. Et donc là, tout sortirait d’un bloc… Mais peu importe en vérité : je ne peux pas me promener dans la ville, entamer mon activité professionnelle, avec un panneau comportant ma biographie et "les raisons pour lesquelles il ne faut pas s’alarmer si je pète un plomb".

La colère contre l’école était incandescente, oui. Elle me dévorait de l’intérieur. Mais je la comprenais. Elle était logique, comme une réaction de défense vitale. L’école n’est plus, cependant. Le méchant a été vaincu. La colère actuelle n’a donc rien à voir avec ce registre. Elle ne devrait pas être, tout simplement.

Je n’ai tout bonnement aucune raison de continuer à faire ces cauchemars qui clairement me montrent, comme un oracle dérangeant, franchir le point de non-retour. Exploser. Et réduire à néant tous mes efforts. Toutes ces années de lutte. Et tout le reste de ma vie, par un obscène effet boule de neige.

Leur nombre ne diminue pas. La folie me (re)fait de l’œil. C’est insupportable. Je ne tiendrai plus très longtemps.

J’essaie de me poser. De rationaliser. De me calmer. Les seuls mots que je parviens à mettre sur ce phénomène sont : "Je suis en rage parce que j’étouffe".

D’où tu étouffes, toi ?!
Ta famille est cool ! Ils t’aiment et ils sont prêts à t’aider malgré leurs problèmes ; et toi tout ce que tu veux c’est te barrer d’ici ! Sans eux tu ne serais rien. Et tu oses râler là-dessus ? Misérable fiente humaine* que tu es.

J’ai peur de faire une connerie dans les jours à venir. Il y a cette autre personne en moi qui veut faire surface pour hurler, d’un cri inhumain et forcené. La réalité m’a rattrapée. Bien avant que je sois guérie. Je pensais avoir plus de temps… Je pensais que le temps que j’ai eu m’aurait apaisée…

Mais maintenant, il faut faire avec.

Je ne crains pas la solitude de toute façon. Tant mieux parce que je suis en train de m’embourber dans un cercle infernal dans lequel elle ne me quittera jamais.
Elle n’est plus ma personnalité, mais mon destin. Je ne suis pas assez intelligente pour le contrecarrer : alors je devrai m’y faire.

Du calme. Tu vas travailler en équipe. Tous les autres jeunes de ton âge savent comment s’en sortir dans cette marée de papiers, d’administration, et d’obligations ? Eh bien tu leur es inférieure. Je crois qu’on ne peut pas le dire autrement. Toi t’es incapable de comprendre quoi que ce soit à tout cela donc tu as besoin de toute l’aide qu’on pourra te donner ; même s’il faudra éventuellement vendre ton âme pour cela.

* L’insulte est sortie toute seule. Elle est vraiment très moche, pardon !