Effeuille mes rêves

Réflexion d'un soir de juillet

Je suis perdue ce soir. Je me sens… je ne sais pas. Dépassée. Dépassée par la vie.

J’ai envie de rien.
Comment je suis censée passer outre ?
Que faire contre ce sentiment qui est tellement plus grand que moi ?

De quoi suis-je suis censée remplir ma vie ?

Je veux dire : j’aime lire. J’aime vraiment ça. C’est le seul truc que j’aime faire en réalité. La seule activité qui ne m’ennuie pas et qui me fait me sentir vivante. Qui me donne un but dans l’existence.
Mais parfois je lève le nez de mes bouquins et je me dis que les personnages que je suis, eux, font des choses, ont des trucs dans leur vie qui font qu’ils sont véritablement vivants. Et que ça n’est pas mon cas.

J’imagine que je passe à côté de quelque chose. Oui ; mais je suis incapable de visualiser quoi.

C’est mon père qui m’a fait une réflexion qui m’a faite réfléchir. Il a dit qu’on ne faisait plus de trucs ensemble, avec mon frère, pendant les vacances, et visiblement il se sent mal par rapport à ça. Enfin pas véritablement "mal" mais pas totalement à l’aise quoi.
Du coup, ça m’a fait remettre en question tout le challenge "je suis une fille hypra solitaire mais j’assume" dans lequel je tente allègrement de me vautrer depuis le début du mois. J’ai l’impression d’être une mauvaise fille. D’être une mauvaise personne. Ce programme de développement personnel dont j’ai parlé m’a vraiment bouleversée, mais pas dans le sens dont on pourrait s’y attendre.

Le gars du programme disait que pour être heureux il faut changer son environnement. Il faut faire de nouvelles choses tout le temps. Casser la routine. Voyager. Avoir une vie remplie ; très remplie.
Moi je pense que si on n’arrive pas à être heureux dans une vie plan-plan, plutôt monotone, c’est que dans tous les cas on ne sera pas une personne heureuse. Qu’il faut travailler sur soi. Qu’il y a quelque chose à débloquer.

Enfin je ne sais pas ce que je pense exactement, je pense que je n’en sais rien, mais j'avance cette hypothèse. Je bosse dessus.
Quand on est heureux, on a ça en soi, et tous les changements que l’on veut faire en découlent naturellement, la roue de la vie tourne sans accroc, y’a pas besoin de se forcer. Port Aventura par exemple. Ça me rend heureuse, j’ai hâte et tout, mais je ne me force pas. Ç’aurait été un voyage de découverte sans parc d’attraction ça m’aurait pas autant emballée parce que c’est moins mon truc.

Mais je ne vois pas les nouvelles opportunités.

Moi je suis un bernard-l’hermite. Mon réflexe naturel quand quelque chose de nouveau se profile, c’est de rentrer dans ma coquille. Elle a tort, B., je n’ai rien de Mulan. Rien de courageux. Je ne suis pas une aventurière. Je suis une momie.

Comment font les gens pour se jeter à corps perdu, sans avoir besoin d’y réfléchir, dans une soirée ou une sortie ? Moi ça me terrifie.
Et ça m’ennuie. Du coup même quand je me booste et y vais, je n’en profite jamais au final. Je suis plus heureuse à faire mes trucs de mon côté. Heureuse, oui, c’est ça le mot.

C’est comme avec Jareth : je n’ai jamais réussi en cinq ans à soutenir son regard parce qu’instantanément quand mes yeux rencontrent les siens je me détourne. Je ne peux pas "faire un effort", c’est plus fort que moi : je n’ai aucun contrôle sur ma réaction.

La vie, elle est comme Jareth. Inapprivoisable. Hors de ma portée. Belle à en mourir, tellement tentante, mais hors de portée… Hors de portée.