Effeuille mes rêves

Renommer Tortuga

J’avais désigné la ville de mes parents, celle où je suis aujourd’hui et essaie de m’installer, sous le nom de Tortuga. Inconsciemment ville de pirate grâce à l’un de mes films préférés. Et je n’en regarde plus du tout des films (ou séries) donc ça va être difficile de se renouveler. Les tortues, c’est un symbole sympa. Etc, etc. Mais ça ne va pas. Plus.
Enfin peut-être que si ; à moins que ça n’ait jamais été. Bref. J’ai eu envie de changer.

Ça va beaucoup mieux dans ma tête, mais quand je sens monter une idée fixe je sais que je peux encore passer un sale quart-d’heure. Tout peut basculer très rapidement.

Donc, on conclut un accord : celle-là, je la suis. Je cède. Je me vautre dans la facilité. En contre-partie, je résiste à celle qui me demande expressément de flipper parce que je vais chez le coiffeur dès que cet écrit est posté. On ne peut pas gagner toutes les batailles.

Tortuga ne sonne plus aussi juste à mes oreilles - on se passera du pourquoi et des détails -. C’est quand même la ville où je suis née, où j’ai grandi ; et vu comment les choses sont parties je vais encore y rester plusieurs années. Donc elle est importante. Elle mérite un nom avec du sens.
Là encore, pas de détails sinon je vais m’y noyer, mais j’ai fait un choix (toujours un moment épique chez moi). Anachórisi. "Départ", en grec selon Google Traduction. Pas plus de détails, cela ne servirait à rien. Pis c’est assez évident, je viens de dire que c’est la ville où j’ai tout commencé. Et pourquoi le grec, bah tout simplement parce que sur la page…

HÉ ! Pas de détails j’avais dit !

Maîtrise de soi.

Bon, ça y est, c’est fait. Tortuga = Anachórisi. Je vis à Anachórisi. Je cherche du travail à Anachórisi. Anachórisis ? Anachórisopolis ? Anachór ? Non allez Anachórisi. Si je cède à tous les pâtés de colle mentaux, je ne progresserai pas.

Très très professionnel, tout ça. Ironie. Être apeurée à l’idée seule d’aller chez le coiffeur !
Faut dire que maintenant, dès que je mets le pieds dehors, je ne peux pas m’empêcher de me dire : "Ah mais fais attention, tu n’es plus étudiante désormais. Tu es pro'. Donc quand les gens te voient marcher de travers parce que le sac de courses rempli à ras-bord te déséquilibre, ils ne se disent pas que les jeunes sont fou-fou et rigolos, mais que aaaah cette thérp est bizarre j’irai surtout pas la voir elle doit être cinglée".

Et quand j’ouvre la bouche, c’est mille fois pire.

Je me mets de la pression, oui. C’est inutile : tout à fait. Mais j’ai des tics particulièrement étranges, je n’insisterai jamais assez là-dessus.
J’ai longtemps travaillé à les contrôler en vain. On pourrait facilement croire que je suis bourrée par moments. Voire droguée. Une thérp toxico-alcoolique, ça peut rendre méfiant ; j’dis ça j’dis rien.

Bon, allez, on se secoue un peu !

C’est de la paranoïa tout ça. De la prudence, aussi, mais avant tout une projection sur l’extérieur de mes frictions internes. J’ai tellement chaud d’un coup. Va falloir sortir. Prendre des cartes de visite avec moi. Me faire couper les cheveux en priant pour qu’on ne m’interroge pas sur mon métier. J’ai toujours pensé, depuis le moment où j’ai choisi ce pseudo, que je ne méritais pas de m’auto-dénommer Aloha. Petite-souris-apreurée-et-puante aurait été plus approprié. En grec, ça donne : "Pachouló fovisméni kai vromeró pontíki" (j’ai remplacé souris par grassouillette, par amour de la précision).

Ma phobie revient en force. J’avais cru avoir atteint un nouveau stade, plus tranquille, mais non cela fonctionne toujours par cycles.
Très embêtant pour le travail. Même si c’est sûr que je ne croule pas sous les demandes actuellement. Le développement du travail, alors.
Le mariage de Sonny, samedi, me perturbe pas mal aussi. Mais bon, dans 3 jours, mes trois derniers mois de cauchemars (toutes les nuits) auront l’opportunité de trouver une fin ! Bonne nouvelle !

J’vais pas pouvoir échapper à ce coiffeur bien longtemps. En plus, pour une fois, c’est très simple : pas de brushing ou de truc trop voyant parce que je vais voir ma grand-mère ce soir et qu’elle est en pleine chimio. Donc je vais m’attacher les cheveux de la façon la plus neutre possible ; elle s’est fait couper les siens en prévision et je ne tiens pas à attirer son attention là-dessus.
C’est simple. C’est très simple. Et je suis sûre de moi.