Effeuille mes rêves

Résignée

Je me suis faite la réflexion suivante ce matin en courant : je suis résignée à être ce que je vais invariablement devenir. Sans plus faire d’efforts, sans plus tenter de dévier mon destin. Pas quelqu’un d’extraordinaire. Pas quelqu’un d’hors du commun. Tout le contraire. J’ai l’impression de me trahir moi-même en disant cela, car quand j’étais enfant j’avais des milliers de projets pour devenir exceptionnelle. Mais aujourd’hui, je n’ai plus la force de lutter contre la banalité, je n’ai plus l’énergie de me rappeller ce à quoi j’aspirais il y a quelques années à peine.
C’est fini. J’ai perdu le combat. Je vas devenir une fille fade, molle, sans passion. Je ne parle pas de normalité pour dire que tout le monde est comme ça - c’est pas du tout le cas, je pense même que c’est le contraire - mais je veux juste dire que je me fait à l’idée de ne pas avoir de relief. D’être sans couleur. Sans chaleur. Sans caractéristique.

Je suis fatiguée de me battre.

Je dois me battre 24h/24 contre ma phobie, pour commencer. Depuis 21 ans, l’objet de ma répulsion se balade allègrement sous mes yeux, au quotidien, et me renvoie des salves de sensations vicieuses que je tente de repousser mais qui ont toujours le dessus sur moi au bout d’un moment. Je suis usée jusqu’à la moëlle de cette situation.
Je ne peux plus rien faire contre elle.
Il y a aussi les pensées agressives dont j’ai déjà parlé. Elles ressemblent beaucoup aux conséquences de ma phobie, d’ailleurs. D’autres pensées les aident : toutes mes obsessions, tous mes mécanismes de défense… tout cet amas gélatineux de compote idéologique m’abrutit encore et encore et encore et encore… Mais ce sont des idées que je n’arrive pas à faire passer. Si j’avais un peu de talent pour écrire ou communiquer, je pourrais peut-être. Oh mais ne croyez pas que cette situation m’attriste. Contrairement à d’habitude je suis juste blasée, j’ai simplement renoncé à lutter.

Après tout j’ai résisté pendant tout ce temps et rien a changé. Alors pourquoi continuer ?