Effeuille mes rêves

Riruom

Un foirage total.

"Je suis tranquille pour une semaine". Mon cul ouais.

Le cours se passait pas mal en effet mais… j’me sentais pas au top de ma forme.
Les images de l’année dernière insistaient vraiment trop, je sentais que quelque chose clochait. Ça me hantait. Ça se transformait en harcèlement. Comment vous expliquer ? J’essayais de les repousser mais elles étaient tellement puissantes… comme si votre pire cauchemar prenait vie sous vos yeux. J’aurais jamais cru ça possible si je ne l’avais pas vécu.

Tout m’est retombé dessus.

Ça couve depuis plusieurs jours. Mais là ça m’a pété au visage.

Je revoyais tout. Je ressentais tout. C’était comme une dissection - physique et mentale - exacerbée.

Et puis le prof m’a fait une boutade. Pas méchant du tout mais ça m’a déstabilisée. J’me suis sentie mal à l’aise jusqu’à la pause. Pis j’ai eu une réaction débile : au lieu de rire normalement j’ai fait une tête de salope. Ça m’a traumatisée. Je suis pas une salope !

Bon bref. J’me suis contenue, je comprenais pas trop ce qu’il se passait, mais le plus dur c’était ce matin et j’l’avais passé namého.

Et arrivées à la machine à café, avec les filles, mes yeux ont picoté.

J’ai fait semblant de rire (avec une tronche normale) et d’aller bien. J’ai refoulé. Une fois. Deux fois. Trois fois.

Et puis y’a eu ce coup de sonnette dans ma tête. Une alarme.

"Aloha, va-t-en. Sors d’ici tout de suite".

J’ai senti que c’était sérieux. Plus fort que moi. Incombattable. Je me suis précipitée à la salle de cours, les yeux pleins des larmes que j’avais de plus en plus de mal à chasser, et j’ai dit au prof que je me sentais mal et que j’allais rentrer chez moi.
Il s’en foutait royal. Il a rien remarqué.

J’ai tracé à ma voiture. Je suis passée devant le directeur des études qui m’a déjà convoquée jeudi (convocation de tous les redoublants… ceux qui n’en ressortent pas en pleurant sont chanceux). J’ai étouffé un sanglot quand j’me suis rendue compte de ce que je faisais. Mais je ne pouvais pas faire machine arrière.

Je suis allée faire les courses parce que j’étais censée le faire après le dernier cours. J’ai pas arrêté de pleurer. Craqué et essayé d’appeler mes parents mais ils ne répondaient pas.

J’avais le coeur crevé…

Je voulais mourir.

J’arrêtais pas de le répéter d’ailleurs. "JE VEUX MOURIR JE VEUX MOURIR VOUS AVEZ PAS LE DROIT DE ME FAIRE ÇA LAISSEZ MOI CREVER CREVEZ MOI MAINTENANT !  !  ! JE VEUX MOURIR…
JE VAIS ME TUER. JE VAIS ME TUER TOUT DE SUITE EN FAIT. JE VAIS BALANCER MA VOITURE AU FOND DU RAVIN. TOUT DE SUITE.".

Et ma mère m’a rappelée.

Je me suis garée sur le bas-côté et je me suis excusée en pleurant sans pouvoir me stopper. J’voulais l’épargner mais j’ai craqué comme la faible petite larve méprisable que je suis.

Elle m’a rassurée. Elle m’a parlé longtemps et m’a expliqué pourquoi je devais continuer. Que c’était compréhensible que j’aie paniqué. Pardonné. Que je devais poursuivre ces études parce que ça me plaît au fond et que ça n’était pas maintenant que j’avais la tête en vrac et le blues qu’il fallait que je prenne une décision (je lui ai dit que je voulais faire comme j’avais déjà fait : m’enfuir de la fac et retourner à la maison me blottir et laisser le monde tourner).

Je ne sais plus vraiment ce qu’elle m’a dit ensuite à part qu’elle me retéléphonerait ce soir.

Raccroché. J’ai pleuré encore. J’ai fait les courses en pleurant (sans sangloter quand même mais on m’a vite captée, y’a un mec qui a sorti à son pote : "Tu vois, c’est dans ce genre de moments que je suis dég' de voir une fille pleurer") (et je sais pas pourquoi j’ai trouvé ça touchant). Je suis remontée en voiture en pleurant.

Je suis rentrée au studio en ayant dépassé le stade 4 de mon top musical j’vaispasbien : j’ai écouté Gregory Lemarchal en le comparant tout du long à un petit oisillon innocent malmené sur une mer capricieuse avec pour seule embarcation une barquette d’Oréos déchirée.

Là je viens de raccrocher d’avec mon père. J’me sens vide. Mes propres cris résonnent dans mon crâne : "Je veux mourir".
Oui je veux mourir. De toutes mes forces. Je n’ai plus d’espoir : vous voyez bien qu’à chaque fois que j’en ai eu, je me suis pris une GROSSE claque ensuite. Plus rien. Je veux mourir. Mais je n’ai pas le droit de me tuer, car ma mère penserait que c’est sa faute (complètement faux bien sûr).

Je ne peux pas me tuer mais je veux mourir. Je suis déjà morte d’une certaine façon. C’est stupide de faire des voeux, de croire en l’impossible, de se dire que ma bonne étoile va se souvenir de moi et me sortir de cette merde.

Je viens de raccrocher avec ma mère. J’ai écouté à moitié. Je suis une merde.

J’arrive plus à avoir la moindre pensée cohérente. Je suis morte. Pas droit à un enterrement digne de ce nom. Meurs Aloha, meurs. Et souffre bien pendant que tu agonises.