Effeuille mes rêves

Risèd

Je rêve encore de voir ma vie s’envoler.

Je rêve je rêve je rêve. Je ne sais faire que ça. Mais cela n’a rien d’exceptionnel, tout le monde sait le faire.
Disons qu’au lieu d’avoir un vrai talent, je possède les bases de l’humanité. Mais ça s’arrête là.

M’élever. Ne plus rester coincée psychiquement à terre comme je le suis. Je précise "psychiquement" parce que oui j’ai de la chance d’être en bonne santé, de vivre au-dessus du seuil de pauvreté, et d’avoir des parents merveilleux mais dans ma tête y’a rien à faire : ça coince.

Je te regarde et je me dis que ça n’est pas possible. On n’a jamais fait de belles histoires avec des gens comme moi ; et j’ai échoué à changer.
(Remarquez l’utilisation du "tu" et mon absence totale de précision à son encontre. Personne à part moi ne sait de qui je parle héhéhé et oui ça me fait sourire niaisement. Non ce n’est pas Jareth. Jareth a un problème et ne vient plus en cours. Je veux que Jareth soit heureux, en dédommagement, pour me pardonner d’avoir penser à lui de façon si égoïste pendant tout ce temps.).
Plus jeune, j’étais persuadée que je saurais voler un jour. Nous y voilà. Est-ce que je vais décoller, alors, ou pas ?

À ma grande honte, je crois que la réponse est non.

Toujours pareil : pas de courage, blablabla. Je ne peux provoquer les miracles. Je n’ai pas tant de pouvoir que ça en vérité - je n’ai jamais prétendu le contraire de toute façon, mais on a voulu me le faire croire. Il m’a été prouvé que les petits voeux se réalisaient mais pas les grands. C’est comme ça. Je ne cherche pas à pester contre l’ordre des choses, je dois juste y trouver ma place. Je pense ça vraiment dommage/triste/déchirant qu’il y ait certaines personnes qui soient condamnées. J’ai dû m’imprégner de trop de films américains où tout le monde pouvaient voir ses souhaits devenir réalité, c’est ma mère qui a raison : les contes de fées m’ont fait plus de mal qu’autre chose.

Mais je ne lui avouerai jamais ça en face, non mais !

Et je sais que le mérite n’a pas grand-chose à voir là-dedans. Le travail sur la personnalité, l’acharnement et la volonté, tout ça. Tenter de s’élever. On peut être un connard fini et avoir droit à la chance de sa vie. C’est comme ça. On peut prendre ce que l’on veut, brutalement, et détruire non intentionnellement ce qui se trouve à côté, les dommages collatéraux, mais les idéaux les plus grands ne peuvent pas être respectés.
C’est vrai qu’on admire que rarement les gens gentils. Mère Thérésa était-elle aimée parce qu’elle était gentille ou déterminée ?
De toute façon, je n’ai rien d’elle. Je ne suis pas quelqu’un de bon. On m’a dit clairement que tendre la main et sourire, c’est la même chose qu’attendre passivement. C’est nul. Et on l’entend tous les jours, ce n’est pas la bonne attitude pour notre société occidentale. Je ne crache pas sur la société. Je constate - et ce même pas de façon amère. Je suis fatiguée de me battre contre les voix dans ma tête qui relèvent d’une moquerie chacune de mes phrases. Tant pis si ces voix sont l’écho de celles de ceux qui me lisent. Y’en a d’autres qui râlent, qui ne sont pas parfaits, mais qui sont aimés. Pourquoi ne serais-je pas aimée ? Je suis toujours surprise - limite attérée - quand on me fait un compliment ou qu’on montre qu’on m’apprécie. Comme si c’était impossible. C’est pas une jolie tournure dramatique, c’est la vérité pure. Je pense que c’est impossible. Hier, Vaea m’a dit un truc super sympa et je n’ai pas réussi à la croire. J’ai juste fait semblant et l’ai remerciée.

Ici, j’essaie simplement d’être sincère, et aujourd’hui je suis sincèrement amère de me rendre compte que les héros aux belles idées ne vivent heureux que dans les livres.

Dans la réalité, tes belles idées se font toutes bouffer. Aucun livre traitant de sujet spirituel ne saura changer ça.

Bloquée. À terre. Poussière un jour, poussière toujours. Sans intérêt. Sans intérêt…

Je devrais arrêter de m’enfoncer et arrêter ce journal. Mais je ne peux parler à personne de ce que j’ai VRAIMENT au fond du coeur - même ici c’est difficile, c’est fait de manière suggestive et détournée.

Petit miracle, je t’attends. Je suis prête à t’attendre toute ma vie. Car je ne suis pas sûre que tu voudras de moi.