Effeuille mes rêves

Rupture

Une passade qui a été très brève. Un essai. Pour me prouver à moi-même… des choses que je ne saurais toujours pas expliquer.

J’sais pas trop pourquoi j’ai fait ça.

Pour me positionner par rapport à qui je suis, peut-être ? Essayer de fuir cette solitude que je chérie beaucoup trop. À ce qu’il paraît.

On a immédiatement rompu. Je crois que c’est pour le mieux.

Il est temps de passer à autre chose. De redevenir moi.

Cet été j’avais décidé de regarder des films français, pour ma culture.

(Oui… Ce n’est que de ça dont je parle depuis le début. J’ai voulu me faire une auto-blague pour plus tard du genre "Aaaaah mais de quoi je parlais c’est dingue c’était quand exactement j’me souviens pas de cette hist… ??! ! Oh c’est que ça… pfff… auto-andouille").

Ça ne veut rien dire mais bref ça me fait du bien d’écrire des trucs idiots. Ça me rassure. Sincèrement ! Je me sens soulagée de ne pas avoir la pression de devoir être parfaite. De devoir repousser sans cesse les limites. De progresser dans ma façon d’être.
Je suis une rustre et j’ai une articulation de pensées semblable à celle d’un bébé chimpanzé ? Ok ! Il y en a d’autres des philosophes, des gens intelligents, sur cette planète. J’ai essayé de l’être et n’y suis pas arrivé. Bon. Eh bien ça me libère d’un poids ! Je ne dois rien. Je n’ai pas de destin extraordinaire.

Alors je peux me vautrer dans ma petite vie qu’on juge peut-être minable de l’extérieur. Je m’en fous. Ce n’est pas moi l’héroïne solitaire, mystérieuse jeune femme de 24 ans calme et réfléchie qui adore lire et qui par sa [qualité au hasard] va séduire tous ceux qu’elle rencontre et changer leur vie pour le mieux.

Je n’ai pas de destin particulier. Je ne dois rien ! Ça libère, d’un coup !

On est plus de sept milliards sur Terre. La fille que j’ai décrit au-dessus existe sans aucun doute.

Mais ce n’est pas moi.

Ouf ! Je n’ai plus aucune responsabilité. De ce genre ou d’un autre.
Je suis juste une fille. Une figurante dans la masse. Dans la foule.
Pas de script pour moi, pas de rencontre ou d’expérience intéressante, de témoignage atypique. Je suis le chœur à la voix terne dans la chorale. Celle qui est là, parmi les spectateurs, uniquement pour que ses yeux fassent vivre les artistes.

Et c’est très bien comme ça. On est ce qu’on est.

J’en reviens à ce film. Rupture pour dire que je ne materai plus de films français, juste parce qu’ils sont français. Cette semaine, en cours, j’ai entendu parler d’un en particulier. Récent. Qui a eu beaucoup de succès. Et quelqu’un a dit "je ne m’attendais pas à cette fin !". Alors, ravie, j’ai sauté sur l’occasion.

Eh ben je ne recommencerai plus !

Je n’ai pas aimé. Au-delà de ça, je n’ai pas compris ce que les gens lui ont trouvé. Bon, ce n’est que mon ressenti. C’est marrant d’ailleurs parce que la personne qui m’a assuré qu’il est super… On aime jamais les mêmes films. Ceux qu’elle aime, je déteste, et vice versa. C’est fou ! On se ressemble pourtant !

Mais pas tant que ça en fait. Juste sur un ou deux points. Elle adore lire, ok, du coup j’ai imaginé que c’était mon sosie. Bref. C’est juste un autre être humain qui aime lire. Y’en a des tas.

Donc je vais rester dans mon monde imaginaire, hein. Et solitaire. Les grandes soirées qui sont décrites par tous, la vie réelle, tout ça, tout ça, je vais le laisser derrière. Je n’y comprends vraiment rien.

Je crois que je n’ai pas le choix. Je vais devoir être moi-même.
C’est drôle parce que c’est TOUJOURS la conclusion à laquelle j’arrive… mais je ne peux pas m’empêcher d’essayer le contraire !

Juste pour être sûre d’avoir raison. Comme s’il y avait une autre option possible ! Ha ! C’est ridicule. Paradoxal. Et épuisant. Mais c’est la vie, qu’esstuveux. Si c’est comme ça que je suis…

Dans sept mois, je finis définitivement mes études. Si je m’y prends correctement (pour ce que ça veut dire), beaucoup de choses changeront.
À l’école, l’ambiance est vraiment difficile. Les gens sont sympas dans l’ensemble. C’est l’année où j’ai le plus de contacts sociaux et où l’on s’entend tous plutôt bien. (Il me semble).
Mais il y a quelque chose qui ne marche pas. Avec moi, du moins.
Je refuse viscéralement de me laisser tomber dans cette espèce de torpeur résignée négativXXL qui plane à longueur de journée sur l’établissement.

Sur la rue aussi. Sur le pays ? Je me suis toujours dit que les clichés n’étaient que ça : des clichés. Des conneries. Mais à force d’entendre plusieurs fois des trucs comme "les Français sont très râleurs" et effectivement entendre râler à longueur de journée… je suis sensée en déduire quoi ?

J’étouffe là-bas.

Les gens ont bon fond. Et je les apprécie grandement. Mais leurs idées sont noires. Leur moral se tire toujours vers le bas. Ce qui peut se comprendre. Mais très peu font l’effort de le remonter. D’essayer, au moins.

Je ne veux pas m’enliser là-dedans. Pour ma vie future, je veux dire. Je ne veux pas de ce programme déjà tout-préparé qui me pousse à peindre les bases des bases dans le tableau de ma vie : jolie maison, travail intéressant, un mari avec des enfants, des animaux de compagnie pourquoi pas.

Stop. Je n’ai plus quatorze ans et l’âge de me croire assez courageuse pour échapper aux règles qui me déplaisent. Que ce soit clair ! C’est juste que…
Je cherche les mots.
Je… Je ne veux VRAIMENT pas ça, voilà !

Pas tout en tout cas.

Un travail qui me plaît, oui évidemment.
Pas pour en jeter plein la vue. Seulement pour faire quelque chose de motivant de mes journées. Je n’ai pas à me plaindre à ce sujet. J’ai choisi une voie difficile, je me suis mise toute seule des bâtons dans les roues, mais tout cela n’aura pas été vain puisque je suis comme tombée dans un univers parallèle avec cette filière.

Un conjoint… Évidemment aussi. À la condition que ce soit quelqu’un avec qui je m’entende très bien (ce qui est déjà demander la lune). Mais pas forcément vivre sous le même toit ! Pas forcément faire des projets comme on en voit dans les publicités. Dans les histoires des autres. Je n’ai rien contre les autres, je ne les dénigre pas !

Je viens de piger que je ne suis qu’une spectatrice.

Une spectatrice ne se marie pas, n’élève pas d’enfants, ne vit pas. Elle observe, c’est tout. C’est pour cela qu’elle a payé.

C’est effectivement ce que j’ai choisi de faire. Je n’ai pas envie de vivre toutes ces aventures. La mienne… eh beh, la mienne - tout aussi abstraite soit-elle - me convient.

Alors je vais travailler parce que pour regarder quelque chose il faut être en vie et pour cela il faut manger donc il faut des sous. Aimer, pourquoi pas, sur un coup de chance extraordinaire voire un malentendu. Mais je ne serai "la meilleure amie", "l’associée", "la thérapeute", "la voisine", "la femme", "la mère", de personne.

Je sais ce que je ne veux pas alors… Il ne me reste plus qu’à tendre vers ce que je veux. Même si je choisis le petit hochet en plastique à la place de la grande baguette magique.