Effeuille mes rêves

Secret

Je ne vis pas très bien la solitude ce soir.

D’habitude, vraiment, je n’ai aucun problème avec ça. Mais y’a un dimanche tous les 36 du mois où je déprime. Va savoir pourquoi. J’en suis à me demander si ça existe vraiment, le bonheur. Si y’a réellement des gens qui vivent sans être sur les nerfs tout le temps, sans angoisser pour un rien, c’est un monde qui m’est totalement inconnu. J’en viens à douter de sa réalité ; je suis très sérieuse.

Ou alors peut-être que y’a des gens faits, conçus, pour ne pas aller bien.

Je suis dégoûtée d’en faire partie. Au nom de quoi on devrait être différent des autres ? Je dis "on" parce que je n’ai pas la prétention de me croire seule au monde - ce serait une forme de mise en valeur, or je ne vaux strictement rien je l’ai bien pigé ne vous en faites pas.

Je vais vous confier un truc de sincère. Je suis profondément déçue. Quand je me suis inscrite ici, ça n’allait pas super bien, mais je pensais qu’à force de me confier, d’en parler, j’écrirais une nouvelle page de mon histoire et j’arriverais à trouver ma voie - ou tout du moins à construire ma vie sur un nouveau ton, plus léger.

Or ça fait plus de deux ans que je suis ici et les choses n’ont fait qu’empirer.

Et quand j’imagine que j’ai touché le fond, je me surprends à creuser un peu plus. Oui, je m’apitoie sur mon sort, et je n’ai même plus la pudeur d’en avoir honte, j’y vais carrément. Je ne dis pas que ma vie est pourrie - j’ai un toit, une famille, etc. et j’en suis reconnaissante - mais c’est comme ça, malgré tout ça la mayonnaise ne prend pas, je reste croupie dans mon malheur.

J’ai déjà tenté de le combattre. Échoué. Tenté de me laisser aller. Échoué. Tenté de l’ignorer. Échoué. Tous les pauvres gens qui ont essayé de m’aider (je les en remercie encore même si voilà c’est pas de leur faute en tout cas), n’ont rien pu changer. Mais qu’est-ce qui cloche chez moi ? ?

Je vais devoir encore augmenter mon traitement, comme m’a dit le psychiatre. Mais ça ne change rien. Alors j’appréhende notre prochaine séance : il faudra que je sois honnête, que j’arrête de cacher le fait que ça ne va toujours pas mieux parce que j’ai honte que rien ne change.

Voilà, c’est dit.

J’ai honte de moi. Mais vraiment. C’est profond, c’est humiliant, c’est quasiment invivable de porter ça sur ses épaules à chaque seconde.

Et je ne PEUX PLUS me voiler la face, m’efforcer d’être "optimiste" à la Sonny : ça n’est pas près de changer. Parce que je ne sais plus quoi changer dans ma vie, j’ai absolument tout essayé, les thérapies et les attitudes (je n’en décris même pas la moitié sur ce journal, ça me prendrait trop de temps).
Tout ce que j’envisage encore et toujours… le suicide. Mais je ne le ferai pas. Je m’interdis de le faire. Personne ne doit faire ça.

Quoi qu’il en soit, je me sens plus apte à affronter la solitude, maintenant. C’est déjà ça. Mes problèmes ne sont atténués en rien, mais au moins je vais pouvoir supporter d’attendre le moment de me coucher pour tout oublier pendant le sommeil…

C’est pas vraiment la vie que je m’étais imaginée, petite.