Effeuille mes rêves

Seule et sans enfants

Que voient les gens quand ils me regardent ?

Je suis allée à la plage ce matin. Pour nager.
Quand j’ai eu fini, j’ai voulu rester un peu à prendre le soleil alors que d’habitude je me sèche et je rentre directement. Je me suis donc allongée là où j’avais laissé ma serviette.

Sauf que deux femmes s’étaient entre temps installées juste à côté de moi.

Le genre avec plein d’enfants et qui parle fort.

Je n’étais pas ravie au début, mais du coup je n’ai pas pu m’empêcher de les écouter. Et plus j’entendais ce qu’elles disaient, plus je me disais que je suis mieux seule.

Déjà quand je nageais je me suis fait la réflexion que faire des trucs toute seule comme ça, sans être gênée, c’est bien. Dans le sens où c’est une bonne chose. Et c’est pas fréquent.
Je sais ce que je vaux, dans le fond, même si je n’ai pas confiance en moi. Je peux rester en tête à tête avec moi-même, longtemps, et ça ne me dérange pas - au contraire, j’ai besoin de ça.
J’ai été surprise l’autre jour en discutant avec Cathel d’apprendre que ça n’est pas son cas. C’est le cas de peu de gens j’ai l’impression. Non pas qu’il y ait de quoi se vanter. Ça me paraît bizarre et incongru mais j’imagine que du coup pour eux c’est moi qui suis bizarre ; et ils sont plus nombreux. Alors ont-ils raison ?

Ou est-ce que mon attitude solitaire est tellement développée que je me vois plus seule que les autres alors que ça n’est pas entièrement le cas ?

J’imagine que je ne suis pas la seule à faire ça mais quand je rencontre des gens où que je les observe/écoute, j’ai souvent tendance à les classer dans une catégorie, un type particulier.
Ça peut être "type morphologie semblable à machin que j’ai connu en 2012 après Jésus Christ" ou "type à porter des lunettes de soleil tout le temps", ce genre de petits détails idiots.

Bien sûr, quand je m’aperçois que je fais ça, je me corrige immédiatement. Parce qu’on ne se résume jamais à son apparence.

C’est ce que j’ai fait ce matin : ces dames n’étaient pas "type plein d’enfants et parler fort" mais juste deux amies qui se retrouvaient à la plage et discutaient de banalités. Je me suis déjà trouvée dans leur position : à la plage avec Paula, un vieux monsieur nous écoutait parler de tout et de rien. J’avais à ses yeux l’air d’une jeune fille normale qui papotait avec son amie, mais en réalité j’avais envie de crever, j’étais au bout de ma vie, au fond du gouffre, et j’aurais tout donné pour être tranquille seule à la maison parce que je ne supportais plus rien, je ne supportais plus la vie.

C’est triste dit comme ça, mais c’est vrai.

Je ne sais pas si je l’ai écrit dans ce journal, mais je ne veux pas d’enfants. Je suis horrifiée à chaque fois que quelqu’un me dit "tu verras ça quand tu auras des enfants" parce qu’À CHAQUE FOIS que je rectifie le tir en disant "non, je ne veux pas d’enfants" la personne me regarde en mode "oui oui c’est ça, tu verras".

Comme si c’était une obligation ! Comme si je n’avais pas le choix, uniquement parce que je suis une femme ! On est en 2015, quand même, on vit dans une époque moderne et remplie de qualités fortes. Mais moi il faut que je ponde des enfants parce que biologiquement on est programmés pour ça, parce que c’est ce qui se fait, au bout d’un moment, dans un couple qui tient. Mais non ! Je ne veux vraiment pas !

À la limite, si un jour (tard) je change d’avis, je pourrais adopter. Mais faire un enfant : jamais. Déjà j’ai trop peur de l’accouchement. Une peur gigantesque et plus grande que tout, un obstacle que je refuse de surmonter (avec ou sans péridurale, ce n’est pas la question).
Y’a tellement d’enfants dans les orphelinats en plus, eux ont besoin d’amour, il vaut mieux les aider plutôt que fabriquer un nouvel être humain qui n’a rien demandé à personne. Peut-être que je ne vois les choses ainsi que parce que j’ai passé la plupart de ma vie à ne pas vouloir être en vie. Mais c’est quelque chose d’assez ancré en moi. Je veux le droit de ne pas avoir d’enfants.

Il faut que j’aille chez le coiffeur, mes cheveux sont abîmés et l’eau de mer ne leur a pas fait du bien.

Alors que voient les gens quand ils me regardent ?

Ça me perturbe vraiment. Dans un autre registre, parallèle, je peux aussi me demander ce que les gens imaginent de moi quand ils me lisent. Les deux réponses seraient sans doute très différentes.
C’est fascinant tout ça. Mais c’est le genre de choses qui me rend folle parce que je ne peux pas avoir de réponse !