Effeuille mes rêves

Souffle

J’ai mis le doigt sur l’une des causes de ma gêne en cours.

Je suis gênée parce que je suis différente à la fac. Je ne suis pas moi.

C’que j’veux dire c’est que j’ai passé une super journée, en fait. J’ai vraiment bien fait de pas aller en cours ce matin parce que le-dit cours a été reporté à hier aprèm et ni moi ni Cathel ou Vaea ne le savions. Comme quoi, c’était écrit que je ne devais pas y aller. La prof risque de nous le reprocher mais je préfère ne pas y penser pour le moment.
Du coup, j’ai pu passer du temps avec mon frangin et j’ai ADORÉ ! ! On est allés manger au Subway, je l’ai un peu regardé jouer à la Wii (j’aime bien être à côté de lui et le regarder jouer… ça doit cacher une blessure psychologique profonde ça aussi), et on a papoté. J’en ai été drôlement émue. Je l’aime tellement fort. Il représente plus qu’un frère pour moi, c’est un pilier. Quand je vais pas bien et que je lui parle, avec son humour et sa force, il parvient toujours à me faire relever la tête. Même si bien sûr il ne le fait pas exprès - il reste tout simplement lui-même, et il n’y a rien d’autre à faire pour que la magie opère.

En fait, c’est ça qui a illuminé ma journée parce que je n’ai rien fait de spécial sinon aujourd’hui.

J’ai savouré tout un tas de petits plaisirs par contre. Je me suis levée dans mon lit, à la maison, en sécurité, j’ai écouté en boucle une nouvelle chanson, j’ai eu deux trois courses à faire en ville, bonheur de marcher dans ma ville, j’ai déjeuné en bonne compagnie donc, j’ai traîné un peu sur Internet (j’ai lu le nouvel écrit de Quiche avec délectation, je sais pas pourquoi sa vie me rend toujours super heureuse !), je suis allée finalement en cours (je ne me suis pas laissée emmerder par la peur de la retombée du cours raté !)...
Par contre, je n’ai vraiment pas envie de travailler maintenant. Ce week-end, j’ai été raisonnable. Il n’y a qu’un cours que je n’ai pas bossé comme il était prévu mais ce n’est pas bien grave - il fait partie des rares que je connaissais bien l’année dernière donc ça se rattrape. Mais je suis embêtée pour ce soir. Je me dis que si je ne suis pas capable de me forcer un peu de temps en temps, quand les examens arriveront, je serai vite débordée…

Oui, cette pensée est angoissante.

Je ne me sens également pas vraiment prête à pratiquer mon futur métier. Les vrais stages commencent l’année prochaine… Je fais de mon mieux au quotidien mais je suis tout bêtement incapable de me rassurer une bonne fois pour toutes quant à savoir si cela suffit.
Grosse lacune.

Mais n’y pensons pas pour le moment ! !

Donc. Le seul truc qui m’a chiffonné aujourd’hui, au final, c’est cette histoire de changement de personnalité. Quand je suis en public (enfin pas tout le temps, uniquement à la fac je veux dire), ma personnalité s’efface.
Aloha devient… transparente. Je ne ris pas de la même façon franche et décomplexée, tout le contraire, j’essaie de maîtriser chacun de mes gestes et chacune de mes paroles, je ne plaisante que rarement de peur de dire n’importe quoi, je pèse soigneusement chacun de mes mots et bride mes pensées comme si le monde pouvaient soudainement les lire… Et dans mes relations sociales ça se ressent.
Et ça craint.
J’aimerais savoir ce que je dois faire pour changer ça. J’ai vraiment aucune idée. Parce que les autres m’impressionnent tellement ! Ils ont cet étrange pouvoir sur moi. Un pouvoir… presque de vie ou de mort. Comme s’ils avaient le droit de me juger, à chaque phrase prononcée, et de décider si j’étais digne de faire partie des leurs - de la promo ou de l’humanité toute entière.

Je suis la seule à être comme ça ?

Vraiment, si quelqu’un a une solution, une astuce… faut p’tètre que j’en parle à ma psy.

Tiens, ça me fait penser que j’ai rompu avec la communauté des psychiatres !
Le nouveau que j’avais trouvé ne me correspond pas du tout. Il laisse parler le patient pendant toute la séance (qui du coup est très brève pour moi, vu que j’attends un minimum de retour et que je ne peux pas monopoliser la conversation) et quand il voit qu’il n’a plus rien à dire, c’est fini. Au lieu d’une heure, ça a duré vingt minutes pour moi. Et encore, si on enlève les loooongs blancs qu’il y a eu… on se rapproche des dix minutes, ou du quart d’heure. Je ne me suis pas sentie apaisée en sortant de ces séances donc je préfère arrêter.
Je contacterais la secrétaire méchante de l’autre psychiatre pour qu’elle me fasse envoyer une ordonnance pour les médocs, une fois de temps en temps, et puis c’est tout. Pour le dialogue, j’ai une psy formidable qui me suffit.

J’ai passé une super journée, quand même.
J’aime y penser. Mais je retiens que je ne travaille pas assez. Ça met mon avenir en danger.