Effeuille mes rêves

T'es encore là (Hyde) ? T'as pas de chez toi ?

Deux versions de moi cohabitent.

La première est interne. Faite de ma personnalité. Qui est ce qu’elle est. Modelée par mon histoire. Humaine. Simplement et purement humaine. Avec tout ce que ça implique.
Mes passions, mes paradoxes, mes efforts, mes joies, mes créations. Etc. Je ne suis qu’une anonyme, dans la rue, quand je marche pour me rendre en cours. Quand je m’assieds et tente de me faire toute discrète, par habitude. Quand le/la prof balaie la classe du regard et note ma présence, j’ai conscience que dès que je quitterai l’établissement il/elle aura oublié mon existence. Comme mes camarades de promo.

Et ça me convient parfaitement.

La seconde…

La seconde me pose problème.

C’est celle qui observe son environnement. Celle qui a toujours été là, mais qui d’après la psychiatre ne le devrait pas.

Elle est la partie qui se pose en externe. Ce qui n’est pas censé être normal. La partie qui analyse les gens qu’elle croise, côtoie, les paysages dont elle s’imprègne, les atmosphères dans lesquelles elle évolue, etc. Surtout les personnes qui gravitent dans son monde. Mais là est le problème : cette partie oublie l’existence de la première. Totalement. Elle oublie qu’elle est humaine.

Elle oublie ce qu’est un paradoxe. Si je la laissais prendre les commandes, elle poserait des questions vraiment bizarres aux autres - amis ou connaissances, voire même inconnus - et tiendrait des discours probablement incohérent.

C’est la part qui a fait soupçonner à mon ancien psychiatre un potentiel risque schizo. J’y réfléchis calmement mais je ne pense pas que ce risque soit réel. Ou dangereux. Je ne suis pas schizo.

Mais tout de même. Ces questions que je réprime du bout des lèvres. Ces gênes inappropriées face à certaines conversations. Cette distance - qui me paraît interstellaire - avec laquelle je me positionne par rapport à tout.

Je n’ai pas oublié la lueur affolée dans les yeux de la psychiatre. Elle ne me concerne pas. Mais tout de même. On peut mal grandir à cause d’une maladie. Physiquement donc mais… mentalement ?

Ou bien alors peut-être que j’en ai tout simplement marre de l’ambiance autour de moi. C’est possible aussi. Ça m’arrive souvent.