Effeuille mes rêves

Toujours fidèle à moi-même : Mlle Couardise

                  Samedi 29 août : 17h

J’ai plusieurs fois affirmé dans ce journal que je suis un monstre.

Un jour, quelqu’un m’a demandé quel exemple concret me le faisait penser. Je n’ai pas su répondre.

Aujourd’hui, je peux.

Je suis partie. La cérémonie a été un calvaire, mental mais aussi physique, j’avais des espèces de micro-malaises toutes les deux minutes.
J’étais à côté d’un gars que je ne peux pas saquer, en plus. Et il arborait l’objet de ma phobie (phobie que je traîne depuis mon enfance ; aussi bizarre soit-elle je n’invente rien). Je ne vais pas décrire ce que j’ai ressenti, j’ai l’impression de blasphémer alors que je ne suis pas religieuse. Mais juste pour dire que du coup, ça décuplait mon état.

Je n’ai rien dit, je me suis retenue le plus longtemps possible. Ensuite, on est sortis de l’église, j’ai pu faire la bise à mon amie mariée (j’ai balbutié quelque chose d’incompréhensible tellement je savais pas quoi dire). Puis, en attendant la soirée, Cathel et les autres ont voulu aller boire un verre.
Et là, j’ai su que je ne tiendrai pas plusieurs heures comme ça. J’ai prévenu Cathel que ça n’allait pas et que j’allais rentrer. Elle n’a pas eu l’air choquée ou indignée, alors ça m’a empêchée de culpabiliser à 100% (je me contente des 98% auxquels se rajoute la gentillesse de ma mère à ma retraite-de-la-honte).

J’ai honte. Je ne sais pas si Dieu existe, mais je me dis que si c’est le cas il va me punir d’avoir fait ça. Je vais rester seule à vie OU tomber sur un blaireau modèle XXL ET JE PREFERERAIS RESTER SEULE À ÇA. Grognon, mais préservée.

Si Dieu n’existe pas, la vie ou le karma se chargera de mon cas. Je-suis-foutue.

Ça fait quelque chose quand même de voir une amie avancer dans l’allée en robe de mariée. Je pensais que ce n’était qu’une histoire de convenance et tout mais en fait c’est plutôt impressionnant.

Je ne sais plus comment j’en suis arrivé à penser ça… mais même si le mariage c’est magnifique et tout et tout, je trouve qu’il manque un petit truc.
Un petit truc qui manque à tous les mariages, hein. Je ne critique pas celui de Vaea (qui était absolument superbe).

Il manque un p’tit clin d’œil de Dieu.

« Non mais qu’est-ce qu’elle nous casse les pieds avec Dieu alors qu’elle n’y croit pas, celle-là ? ! ».

C’est juste ! Mais toute la partie discours religieux a duré un moment quand même… et je n’ai pas pu m’empêcher de réfléchir.
Mal, mais de réfléchir.
Quand on se marie, le prêtre parle quand même de choses énormes comme « repousser Satan », « vivre dans la fidélité toute la vie », « ne faire qu’un », etc etc. C’est beaucoup ! Et quand c’est un mariage d’amour sincère, eh bien c’est ça qui le rend vraiment beau. Grandiose.

Mais comment on fait pour marquer le coup ?

Comment on fait pour se dire : « Ah, tiens, tel miracle est arrivé le jour du mariage à Roger ; et j’ai eu de la chance d’y être parce que ça ne se reproduit pas dans la vie de tous les jours » ?

Parce que même si tu organises une animation de fou genre un chevreuil qui prépare une paella pour tous tes invités, techniquement, si toi un jour tu t’ennuies et que tu trouves un chevreuil et des ingrédients… Techniquement, avec de la patience, tu peux faire pareil à la maison.

Danser, chanter, tout ça c’est bien, mais ce n’est pas exceptionnel.

C’est là que j’ai pensé au clin d’œil de Dieu.

Une petite phrase, une mini apparition, quelque chose. Le prêtre a quand même dit à mon ami que désormais elle avait laissé entrer Jésus-Christ dans son foyer. Ce n’est pas rien ! Il pourrait dire bonjour.

Et pour le divorce, du coup, faudrait revenir. Je ne parle que des cas où on en arrive là, je ne parle plus de ma pote maintenant.
Il pourrait apparaître brièvement à côté de l’avocat et dire : « Bon, ça arrive ; tant pis ! ».

J’aurais pu aller à celui de mes parents du coup. Et lui dire que s’il n’avait rien de prévu, on pourrait se faire une bataille de polochon. Il n’aurait probablement pas accepté, mais ça aurait eu de la gueule.

Ah et petit détail qui a son importance : oui, faut applaudir. Y’a même des gens qui ont dansé à un moment, dans l’église ! J’étais hyper gênée. Je ne sais pas danser. On aurait pu croire à un cas de possession si on m’avait vu danser. Alors je me suis faite toute petite. Et j’ai applaudi.

P.S : J’ai écrit ce texte dès mon retour. Depuis, je n’ai plus eu Internet alors petite note du lundi 31 → mon beau-père a fait une mini-BD sur cette histoire. Il a dit à ma mère que mes « aventures » étaient très inspirantes et m’a demandé l’autorisation de faire quelque chose avec. J’ai accepté, morte de rire, et j’ai vu le résultat : mort de rire !
Il s’est levé exprès à 5h du matin en plus d’après ce que j’ai compris XD