Effeuille mes rêves

Tout ce que je peux faire

J’ai mis au point un plan pour ma grand-mère.

Bon, c’est pas moi qui vais la guérir, hein. Je le sais. Mais en tant que petite-fille (comprendre : membre proche de la famille), mon devoir c’est de ne pas paniquer TOUT EN ne déniant rien de ce qui est en train de lui arriver. Et d’apporter mon soutien.

Si je ne peux rien faire sur le plan physique, je peux agir sur l’émotionnel.

Je me souviens qu’un de mes profs (le genre génie-fou) avait une fois dit qu’il existait un remède naturel contre le cancer. Mais que les laboratoires préfèrent l’argent à la santé alors qu’ils taisent l’information. Honnêtement : je pense que c’est largement plus compliqué que ça. Ce monsieur aimait beaucoup les histoires de complot.

Mais bon. L’histoire me hante, forcément. Je me suis dit que c’était toujours intéressant d’essayer. Que j’étais obligée, quelque part.

Problème : j’ai oublié le nom du merveilleux antidote. Et - moi qui pourtant écrit absolument tout ce que dit le prof en cours, même quand ça concerne un tout autre sujet - je ne le retrouve plus.

Alors j’ai fait des recherches sur Internet. Avec scepticisme, toutefois.
Ce n’était pas ce fameux Corossol dont il parlait. Mais je n’ai trouvé que ça. J’étais à deux doigts d’en acheter…

... Quand j’ai eu le réflexe salvateur de me rétracter.
Grâce à une phrase, entraperçue entre deux clics : "Ces produits sont de l’arnaque. La plupart des médicaments de marque trouvés sur Internet sont bidonnés et constitués de mélanges de n’importe quoi ; alors une plante qui ne pousse que dans certaines régions éloignées d’ici...".

Et m.rde. C’est vrai. Aucune chance que ces produits soient 100% fiables.

Et le nom qu’a donné ce prof ne me revient pas...Il s’agissait d’œufs de poisson… Mais lesquels... ? Un nom que je n’avais jamais entendu.

Bref. Je vais continuer à chercher. Sans croire non plus au vieux mirage : "On peut acheter la solution de n’importe quel problème".
En attendant : ma grand-mère, elle panique. Alors je ne vais pas arriver avec de faux espoirs, mais avec quelque chose de concret. Un point d’appui. Un repère.

C’est important il me semble.

Pas de dramatisation, déjà. Je ne me montrerai que compatissante - mais forte. Je vais l’emmener acheter une pierre énergétique. Là encore, c’est pas ça qui va la guérir. Mais ça peut l’apaiser. La rassurer. Et ça lui prouvera quand je serai à l’école que je pense quand même à elle.

Ensuite, je lui rédige un programme spécial boost de l’immunité. Avec des petites techniques adaptées du peu de connaissances que j’ai que je viendrai toutes les deux semaines appliquer sur elle - et on en profitera ainsi pour passer plus de temps ensemble, ce qu’elle ne m’a jamais caché désirer.

Je dois faire preuve de tact parce que ce "programme" (bien grand mot) ne doit surtout pas être une succession d’obligations moralisatrices. "Il faut" etc etc. Rien de mieux pour dégoûter quelqu’un. Non. Il faut que je sois subtile.

C’est pas grand-chose, je sais. Mais c’est tout ce qui est en mon pouvoir.

Je me demande quel est le %#@*& qui a nommé la maladie cancer pareil que le signe astrologique. J’ai honte d’être du signe cancer depuis que la mère de Sonny y a succombé. Je me suis toujours sentie un peu responsable. C’était à l’âge où un enfant ne comprend pas encore complètement ce qu’est la mort. Du coup : j’avais cru que j’avais fait une connerie.

C’est faux, bien entendu. Une croyance superficielle enfantine décuplée par le facteur culpabilité d’une prédisposition mentale à la dépression.
Mais. Voilà : mais.