Effeuille mes rêves

Trouver son cap

J’ai l’impression que je vais étouffer.

C’est demain. C’est demain ! Je sais très bien que j’ai une perception totalement déformée de la réalité et que c’est une bonne chose en réalité ce qu’il va se passer demain. Mais c’est plus fort que moi : je panique.

Ça me renvoie égoïstement à mes blocages, mes échecs répétés, et ce trou béant de manque de confiance en moi corrosive. Mais aussi à plein d’autres choses. Des choses extrinsèques. Des choses… bizarres, que je ne reconnais pas forcément. Je ne peux pas tout le temps mettre un nom dessus mais oh bon sang est-ce qu’il est humainement possible de stresser à ce point pour un mariage ? !

Le pire, c’est que je sais très bien que ça ne sera pas si terrible que ça. Que je vais y aller, ma pote va se marier, et voilà : la vie va continuer. Comme elle le fait toujours.

JE SAIS que c’est ce qu’il va se passer.

La vie va continuer. Mais la mienne commence tout juste à reprendre… Je ne le décris pas ici, mais souvent pendant les stages et les immersions professionnelles, je me sens encore décalée. Il y a cette passion, cet absolu, que je n’arrive pas à atteindre quant on en vient à disserter sur mes études.

Je ne me projette pas dans le métier. Je n’ai aucun projet pour quand j’aurai mon diplôme. Il y a même des jours où je me dis que tout cela est vain, que je n’y arriverai pas parce que je suis trop en retard et trop à côté de la plaque.

Et ça me fait souffrir.

Mais je n’en parle pas parce que je suis déjà contente d’avoir réussi à sortir la tête de l’eau. De parvenir à me réjouir, à sourire, à me sentir bien.
C’est extrêmement important, bien sûr, mais le combat est loin d’être terminé. Ce mariage est, quelque part, un peu là pour me le rappeler. Y’a tout le reste, derrière, que j’ai mis en attente dans ma vie qui est aujourd’hui prêt à ressurgir.

Oui, c’est exactement ça : j’ai mis énormément de choses en attente pour pouvoir guérir, et maintenant que je vais mieux… Je ne sais pas quoi en faire. Par où commencer. Sans me trahir, parce que toutes ces épreuves traversées ont un sens.

Et j’ai beau savoir que ma solitude est quelque chose de quasi vital pour moi… Je me pose encore beaucoup de questions.

Je fais actuellement ce qui est en accord avec moi-même. Je m’efforce de m’y tenir du mieux que je peux. Mais je me doute quelque part que je manque quelque chose en m’isolant. Qu’en étant aussi maladroite dans mes propos et mes attitudes, je me ferme à plein d’opportunités.

Mais ce n’est pas quelque chose que je peux contrôler !

J’ai beau savoir ça, je culpabilise. Un résidu de dépression, probablement. Faudrait que j’en discute avec ma psychiatre.
Le truc, c’est que je suis encore et toujours sans émotion, sans étincelle/curiosité, particulières. Comme un bateau lâché en plein milieu de la mer, sans gouvernail et sans boussole, à qui on dit "ben vas-y, rentre chez toi ; il fait beau donc tu peux naviguer".

Oui mais non. Mon gouvernail (mes rêves) est cassé et encroûté d’algues (d’illusions) tenaces et gluantes et je n’ai plus de boussole ou de matériel quel qu’il soit (c’est-à-dire de volonté, de désirs, de sentiments… d'objectifs) pour me repérer dans cette immense océan (la vie) dans lequel je suis perdue.

En plus, les krakens existent et me harcèlent.

Doivent croire qu’on est de la famille parce que mes cheveux sont bouclés comme des tentacules. Mais NON ! On n’est pas pareils !

J’essaie alors de me rappeler que je ne suis qu’une conscience parmi plein d’autres.

Que derrière ces mots que je largue sur Internet, derrière lesquels je mets mes souvenirs, mes perceptions, mon âme, tout ce que je vis en fait… ils ne restent que des mots sur l’infinité du Web.
Que quand on me lit, on n’imagine pas que je sois autre chose qu’une fille de 24 ans parmi toutes les autres. Je n’ai rien de spécial. Et ce n’est pas une mauvaise chose. Mais tous ces sentiments qui me tourmentent et qui sont au centre de mes préoccupations, ils ne sont qu’au centre de MES préoccupations.
À l’échelle du reste du monde, ils n’ont pas d’importance.
Voire ils n’existent pas, puisque je suis la seule à les sentir. Mes idées n’existent pas, faute de pouvoir les transmettre dans leur intégralité. Ma personne n’existe pas puisque j’étouffe ma personnalité comme un feu d’été qui risquerait de gâcher les vacances.

Oui d’accord, j’arrête les métaphores bidons.

Bref, tout ça pour dire que je stresse pour la mariage de demain. Je stresse pour celui de Sonny et celui de Cyann et - maintenant que j’y pense - TOUS les mariages du monde parce que je voudrais que les gens s’aiment pour toujours et soient heureux et [on arrête maintenant la dramatisation].

Coupage de phrase. Vlan.

Non mais c’est vrai : j’ai envie de savoir. De savoir la vie. Ça ne veut rien dire parce que je suis incapable de transmettre mes idées et mes mots sont creux MAIS il y a quelque chose derrière tout ça.

Comme il y a quelque chose, des émotions, une histoire, derrière chaque personne. Et j’ai envie de voir au-delà des apparences, de connaître ça.

C’est bientôt la rentrée. Plus je vois de rentrées défiler, plus je me rends compte à quel point je m’éloigne du temps du collège et du lycée.
Je vais devenir une adulte. Je vais devoir trouver un travail. Arrêter de passer mes week-ends à étudier ! Je n’imagine même pas une vie sans ça ! (Non pas que j’aime particulièrement vivre sous pression, mais c’est devenu une habitude).

Et je ne pourrai plus revenir en arrière !

Je ne pourrai pas dire "oh ben aujourd’hui j’me sens, pour le fun, de revivre un cours de maths, tiens, allez j’vais au lycéééééééée !". Jamais.
Non pas que j’aie envie de revivre un cours de maths. Mais dans l’idée.

P.S : Super nouvelle de la joie qui ressuscite -> des génies des scénaristes ont adapté le livre "Jonathan Strange et Mr Norrell" en mini-série !!!
Félicité éternelle. Enfin… pour sept épisodes. Mais c’est déjà ça ! J’ai adoré adoré adoré ce livre. Il est dense, il parle de magie mais dans un contexte très réaliste en même temps et puis il aborde un thème dont je suis complètement fan mais dont je ne parlerai pas parce que ne pas savoir qu’il était abordé dans ce livre et le découvrir a été l’une des choses qui m’a le plus fait apprécier ma lecture.