Effeuille mes rêves

Un bois embrumé

J’arrive pas à écrire ce que je pense vraiment.

Ça me frustre. Un journal intime, c’est fait pour ça pourtant. Mais y’a aucun style dans mes écrits, parce que je ne trouve pas les mots comme je le voudrais, il n’y a aucune évolution. Ça me fait mal à la tête de ne pas évoluer ; j’ai besoin de ça pour vivre. Les réflexions se cambrent dès que je les approchent de trop près pour tenter de les apprivoiser. C’est ainsi depuis toujours, et il semble que toujours ça restera ainsi. C’est déprimant. Comme s’il n’y avait aucun moyen de se délivrer de ce carcan psychologique. Que c’était programmé en moi. C’est ce que je ressens plus généralement quand je n’ai plus d’espoir - plus d’énergie pour se battre.
Tenez, une métaphore me vient à l’esprit mais dès que je me penche dessus elle disparaît. Envolée. Irrattrapable. Laisse un son de mort entre mes oreilles.

J’aimerais être capable d’expliquer à Sonny à quel point elle m’épuise moralement parfois. Mon psychiatre a dit que l’affirmation de soi passait par là, et que j’en avais cruellement besoin. Mais les idées s’envolent dès que les doigts de ma conscience essaient de les attraper pour les coucher sur sms. Je deviens maladroite, une enfant un peu simple d’esprit qui proteste contre quelque chose qui la dépasse. Je voudrais écrire sur le syndrôme-des-gens-qui-passent-un-concours-difficile, pas par condescendance mais juste pour mettre des mots sur ce phénomène qui se frotte de plus belle contre moi jusqu’à irriter ma patience, mais je n’y parviens finalement pas. C’est la citation de Jules Renard qui me vient en tête pour exprimer au mieux ce qui s’y passe : "Penser, c’est chercher des clairières dans une forêt". Mais ça ne m’aide pas à dire ce que j’ai envie de dire.

Me libérer. Je donnerais tout pour me libérer de ma raison incapable de raisonner, qui me conduira inexorablement à la folie si je ne parviens pas à dévier la route insalubre qu’elle trace pour moi - contre moi.