Effeuille mes rêves

Un minimum

Heureusement, heureusement que j’ai ma famille.

Je me sens vide d’être rentrée. De savoir mon père et mon frère à la maison. J’aime tellement rester auprès d’eux - simplement rester auprès d’eux, sans forcément faire quoi que ce soit de spécial. Ça regonfle mon coeur raplapla le reste du temps. C’est con, hein ? Je ne sais pas si c’est normal. À mon âge, je devrais être plus tournée vers les garçons, vers les amis, me targuer d’une vie sociale et nocturne digne de ce nom. Au lieu de ça je serais prête à faire n’importe quoi pour rentrer chez moi et ne pas aller manger avec Cathel et ces deux inconnus.

C’est vraiment bizarre.
D’habitude, je la vis mieux que ça, la rentrée au studio. Là ça fait quand même une ou deux fois que je me retrouve face à cette plaie béante en moi, à cet écho qui hurle "ma famille, vous me manquez !". C’est pathétique. Je devrais me montrer plus forte.
Je suis comme ça depuis mon retour à l’école, en fait. Avant, même si je crevais de trouille, j’étais contente de vivre toute seule et fière du peu que j’accomplissais ; aujourd’hui c’est comme si tout ça n’avait plus aucune importance, comme si la fierté était surfaite, et tout ce que je veux c’est retourner me blottir dans le cocon familial.

Mais je ne l’avouerai jamais à qui que ce soit. Pas aux principaux concernés pour éviter de les faire souffir, et pas à mes "amis" parce qu’il faut consever un minimum de dignité quand même.

Est-ce la pluie qui me rend si mélancolique ?

Je peux gérer sans problème cette tristesse. Elle n’est pas de celles qui m’assaillent et me tuent presque littéralement sur-place dont j’ai parlé plusieurs fois dans ce journal, je n’ai pas besoin d’aide en particulier, je peux gérer.
Mais il faut que je me recentre. D’où l’ouverture d’un nouvel écrit.
C’est vraiment bête à avouer, mais il y a d’autres facteurs qui font que je me retrouve dans cet état. J’aurais voulu avoir de vraies vacances. Je n’ai pas à me plaindre parce que j’ai commencé les cours plus tard que les autres (et certains d’entre eux n’ont même pas de week-end prolongé comme j’ai eu) et ce n’est pas ce que je suis en train de faire.

J’ai juste envie de laisser mon coeur couiner. Mais ce n’est pas une plainte.

Je me sens tellement seule. Ce qui m’inquiète, c’est que ce sentiment se renforce avec le temps, au lieu de diminuer comme il devrait. Au lieu de toucher uniquement ma situation de célibataire éternelle, il s’installe dans tous les aspects de ma vie : à l’école, au studio, dans ma ville natale...
J’ai peur de ça. Comme toujours, j’ai peur de beaucoup de choses, principalement de ne jamais m’en sortir. C’est vrai que je suis en droit d’en douter, avec toutes ces énergies basses qui me tirent constamment en arrière, j’ai peur de ne jamais trouver ma place.

Je suis fatiguée d’être dans cet état. Jamais vraiment contente. Jamais rechargée.
Ça ne m’amuse pas, hein. Ça gâche tout. Toute mon existence. Oh non Aloha on avait dit plus de pleurnicheries !! !

Je me suis bien déchargée. Un peu. Je n’ai plus que le cours difficile numéro 1 en tête. J’ai envie de prier, prier fort pour que tout change, mais j’ai déjà essayé et je sais que c’est vain.
Alors il ne me reste que la télé pour me vider la tête. Manger devant le dernier épisode de ma série, même s’il va me briser le coeur quand il sera fini.

Mon coeur en morceaux. Ça résume bien comment je me sens. Je voudrais tellement être avec ma famille… Mais non, je dois relever la tête et affronter la froideur de cette soirée. Être un minimum courageuse.