Effeuille mes rêves

Une respiration = un nuage problème dissipé

Je… Je…

Je vais y arriver.

Oh bon sang que c’est dur. De petits détails, toujours. C’est comme si le but pour avoir son diplôme c’était d’être assis sur une chaise en avalant de la confiture (= le savoir) qu’on vous donne.
Sauf que là : la chaise est électrique, moi je suis ligotée serrée dessus et avec de la confiture on me balance de l’eau en ricanant : "Hahaha, mais pourquoi tu te plains ? On t’hydrate, on est sympa, on pense à toi !".

Le stress. L’angoisse. Permanents. Étales sur la table de travail. Menaçants. Toujours. Et quand on enlève le baillon de ma bouche, quand je peux enfin essayer de mettre de l’ordre dans tout ça : tout est mystérieusement rangé. Dès qu’un témoin entre dans la pièce, tout est beau, tout est bien. Il n’y a que moi au bord de la crise de nerfs.

Et on pense alors que je suis faible. Que je ne mérite pas ma chance.

Mais je m’en fiche. Je vais y arriver. Peu importe la négativité de Cathel. Ou les râleries, les excuses improductives, et les mauvaises blagues que tous les autres entretiennent chaque jour. Peu importe les postillons. Peu importe les règles absurdes qui changent constamment, et sans annonce officielle. Peu importe si je suis isolée du matériel qui me permettrait d’optimiser mes efforts (mes lentilles par exemple commencent à ne plus être adaptées… mais comment prendre un rendez-vous dans plusieurs mois quand tout peut arriver n’importe quand et qu’on a le droit à avoir l’emploi du temps que trois semaines en avance maximum ?). Peu importe que je sois abrutie de fatigue. Peu importe que j’aie envie de pleurer et de mourir. Peu importe les contradictions ("Un étudiant en bonne santé soit dormir huit heures, faire du sport, souffler à côté de l’école… Un équilibre mental sain et une liaison corps-esprit optimum est la base de tout apprentissage. Bon, ça maintenant que c’est dit, vous resterez ici jusqu’à 20h30 deux à trois fois par semaine, vous vous lèverez à 6h quand vous ne ferez pas de cauchemars et vous coucherez à 21h à cause de vos médicaments. De plus : certains jours on vous enlèvera la pause de midi et on est en train de vous expliquer qu’il faut faire plus d’immersions professionnelles ; le week-end en plus du samedi matin donc. Nous changeons les directives pour le mémoire (à rendre dans 22 jours au fait) environ une fois par semaine. Nous sous-entendrons que vous êtes nuls à longueur de temps, mais subtilement pour ne pas avoir d’ennuis ; et vous comparerons injustement à d’autres."). Peu importe que j’aie mes règles - en abondance - en plein cours difficiles, où l’on est quasiment en sous-vêtements (le quasiment est important quand même !).

Peu importe.

Je vais y arriver.

Même si la direction est au courant de mes problèmes de santé mais fait semblant que tout va bien.
Même si on m’empêche de consulter une fois par semaine (minimum vital en ce moment) la psychiatre.
Même si on me rajoute chaque jour de mauvaises nouvelles. Et même si les personnes qui m’entourent au quotidien me forcent à garder le nez dans ces mauvaises nouvelles.

Je vais y arriver. Je n’ai pas besoin de tout savoir dans les détails. Ça va aller. C’est tout ce qu’il y a d’important.

Reste focalisée sur tes objectifs. La confusion engendre le chaos qui engendre… plein de problèmes. Tu peux agir. Un minimum. Tu peux atteindre ce pour quoi tu t’es tant battue : avoir ton diplôme, en gardant des relations cordiales avec tout le monde.

Par contre, Future-Moi : interdiction à vie de regretter le temps de l’école !

Celui des autres est peut-être sympa, mais le tien a été une horreur. La vie d’adultes est difficile et à ses défis, mais elle est forcément meilleure que ce que tu as à présent. Sinon : c’est une vraie arnaque. Sur 80 années en moyenne d’existence : seules les 10 premières valent le coup ? Beuh ! Sûrement pas.