Effeuille mes rêves

Y'a une sale ambiance

D’accord d’accord d’accord.

Si tu t’emballes et penses que tu as trouvé LA solution qui va régir ta vie… - et éventuellement celle de tous ceux que tu croiseras -, c’est que tu te trompes quelque part.

Faut se faire à l’idée. Dans la vie, il n’y a pas qu’une solution. C’est chacun doit apprendre à gérer son bazar. Évidemment, on peut s’entraider et tout ça. C’est super de s’entraider. Mais on ne peut pas faire pour quelqu’un d’autre.

C’est ça : "penser à soi".

C’est se dépatouiller avec ce qu’on a dans la tête.

J’ai vécu deux jours très éprouvants au niveau mental. Je ne vais pas polémiquer là-dessus, on s’en fiche, mais c’est juste pour préciser que la suite de mon écrit risque d’être un peu confuse.
J’ai l’impression d’avoir réfléchi tellement fort que j’ai fait fondre des neurones. Et "réfléchir fort" n’est pas forcément la bonne option. C’est douloureux et ne mène au final nulle part.

La loi de l’attraction, c’est cool. Mais ce n’est pas l’unique variable à prendre en compte. Regarde, Future-Moi, cet article.
On ne va pas oublier immédiatement à quel point les sites de développement personnel nous ont fait culpabiliser, n’est-ce pas ?

Il est possible qu’ils détiennent un fond de vérité.

Mais il n’y a pas une seule solution dans la vie. Un mode d’emploi. On doit s’adapter tous les jours. Si on a trouvé une formule magique… c’est qu’il y a un problème.

Ce n’est pas la première fois que je l’écris. Mais-je-finis-toujours-par-l’oublier ! C’est dingue ça !

J’ai la tête dans un état… Je ne vais quand même pas sécher les cours, hein ? ... Non, allez, non…

Quelque chose m’a perturbée hier. Un évènement. Qui s’est déjà produit plusieurs fois dans ma vie. Qui se produit sûrement dans toutes les vies.
Mais auquel je ne parviens pas, malgré toutes les possibilités que j’ai envisagé pour y faire face d’une manière qui me semble à moi correcte, à trouver ce que je dois faire quand ce cas se présente.

Je cherchais une adresse en catastrophe avec le GPS de mon téléphone (j’avais pas énormément de temps pour ce faire). Donc je courrais un peu partout dans Passamaquoddy. Je suis passée à côté d’un SDF. Qui m’a demandé une pièce. Pour plusieurs raisons, je ne pouvais pas simplement m’arrêter en plein milieu de cette rue, déballer tout ce qu’il y a dans mon sac à dos, sortir mon porte-monnaie, et voilà… J’ai failli avoir de gros ennuis une fois. Et puis je ne sais pas : je trouve ça horrible. À la fois de montrer qu’on a de l’argent - même qu’un peu - mais aussi de passer son chemin. Plusieurs fois, en fait, j’ai eu des ennuis dans des situations comme ça. Mais comment on doit faire alors dans ce cas ? !

Bref. J’étais très pressée. Alors je me suis excusée, ai pris sur moi les années de malédiction qui ne manqueraient pas de me tomber dessus pour cette incapacité chronique à savoir comment bien réagir dans les situations qui se présentent dans la vie de tous les jours, et j’ai continué à courir.

Mais au retour (une fois que j’ai su que l’adresse que je cherchais n’existait plus), je l’ai recroisé. Alors avant de passer devant lui une nouvelle fois, je me suis planquée dans une laverie adjacente. J’ai sorti quelques pièces, ai rangé mes affaires, et les lui ai donné une fois arrivée près de lui.

Je culpabilisais parce que je savais très bien que ce n’est pas ça qui va réellement l’aider.

Et je sentais aussi qu’il avait été sympa avec moi uniquement par stratégie. Je le savais. Et j’en avais également conscience quand je lui ai donné les pièces ; il y avait quelque chose dans son regard qui m’empêchait de penser à autre chose.

Mais bon. Qui je suis pour décider à qui on peut donner de l’argent et à qui on ne peut pas ?

J’aurais aimé avoir l’avis de quelqu’un qui ne se trompe jamais dans ces cas-là. C’est pas beau de citer des noms, et je m’en excuse sincèrement, mais là tout de suite je pense à Sara. À l’histoire du bus. Je ne sais pas comment j’aurais réagi. Et j’ai honte.

Et là encore, j’ai honte. Je ne sais pas ce que je suis censée faire.

Encore une fois, je lis un livre génial. Mais. Le personnage… parle très crûment. C’est un peu ça qui fait le charme du livre d’ailleurs. Et quand je dis "crûment" je sous-entend pas qu’il est vulgaire, pas du tout, c’est simplement qu’il a une opinion tranchée et pas toujours très compatissante pour les gens qu’il croise.

Bon, c’est un peu le thème du livre. Je ne vais pas m’appesantir dessus.

Je sais que les livres ne sont pas entièrement la réalité… mais du coup, sachant ça, je ne sais plus rien moi ! Je suis censée faire quoi dans ces cas-là ?

Ignorer cet homme parce qu’il a été un peu malin ? Parce que je me doute qu’il va acheter des cigarettes ou de l’alcool avec ces pièces (en partant je me suis rendue compte qu’il y avait des mégots et des bouteilles vides tout autour de lui… j’ai réussi à pas voir ça en arrivant...) ?

Je ne suis PERSONNE pour juger.

Pour savoir encore moins.

Je ne sais rien.

Et à Passamaquoddy, il faut l’avouer : je vis dans une zone (l’école est dans un endroit encore "pire") où ce genre de péripétie est banal. Tout est triste, sale. Je ne dis pas que les gens sont comme ça. C’est l’ambiance. Mais l’ambiance déteint fortement sur les gens.

Y’a du malheur qui suinte partout.

Et moi, ça me rend folle de marcher là-dedans tous les jours pour aller en cours. Je n’ai pas de quoi me protéger contre ça. J’aime les gens. Globalement. Je ne sais pas quoi faire pour contribuer à changer ça…

Et je me sens comme la parfaite petite conne. Un similis de petite bourgeoise coincée (dans sa tête, je veux dire, parce qu’au niveau de l’apparence c’est pas du tout ça...) qui juge de sa tour d’ivoire. Ma tour d’ivoire n’était pas ma situation matérielle - qui n’est pas à plaindre certes mais qui n’a rien de particulier - mais mon mental.

Je suis heureuse, maintenant, non ?

Je refuse de me laisser atteindre par cette ambiance. Et je m’accroche au fait que l’an prochain je verrai autre chose. Je n’écoute plus les gens, à l’école. Eux se laissent dévorer par l’ambiance, c’est horrible. Si je pouvais, je me rendrais là-bas avec un masque sur le visage et ne parlerais jamais à personne pendant un an. Mais bon, ce n’est pas possible.

Je suis fatiguée d’essayer d’aider tout le monde. Et d’échouer, surtout. Et on n’est que le deuxième jour de la semaine.